François Hollande attendu au tournant à Bruxelles…

(BRUXELLES2) Petit message sur mon portable en début d’après-midi. X veut voir la presse française. X est un haut responsable européen. Et il a demandé le « Off » sur sa conversation. Alors on ne dira pas son nom… A l’heure dite, nous y sommes, : le ban et l’arrière ban de la presse française, 20 personnes, à tout casser, maxi, accompagnées dans les étages par une charmante assistante.

Le besoin d’une France « pleinement engagée en Europe »

Notre interlocuteur ne veut pas critiquer l’ancien président Nicolas Sarkozy (On ne tire pas sur une ambulance). Mais on sent bien qu’au-delà de l’administration qu’il a pour l’animal politique, il n’a pas toujours apprécié l’hôte de l’Elysée surtout ces derniers temps. « Dans l’ensemble, Nicolas Sarkozy a appuyé le projet européen. Il s’est fortement engagé lors de la présidence française ou pour le renforcement de la gouvernance de la Zone Euro » Mais pour la méthode… apparemment le courant n’est pas passé. « Nous avons besoin d’une France pleinement engagée en Europe. » explique ce responsable. Lors de son passage à la Commission, François Hollande qui n’était encore que candidat avait défendu la méthode communautaire. Et manifestement, il préfère cet esprit. Mais « Maintenant il faut les preuves du pudding (comme disent les anglais) ». Et, dans la foulée, il balance : oui l’exécutif européen a été un des seuls à recevoir celui qui n’était encore qu’un candidat : « plusieurs dirigeants en Europe ont annulé leur invitation ».

Un changement attendu de la position française sur le budget

Ce que souhaite surtout notre interlocuteur, c’est que la France change sa position sur les perspectives financières. C’est le sens du message qu’il entend que les journalistes répercutent. « Le budget européen c’est l’instrument pour la croissance, j’espère que les autorités françaises vont soutenir le budget européen » explique-t-il. Or, jusqu’à aujourd’hui, la France tenait une position très dure « Si les Britanniques étaient le chef de file de l’opposition, les Français venaient en second dans cette opposition. C’était une attitude très négative. Ils voulaient faire la PAC (politique agricole commune), prônaient une attitude dépensière sur l’agriculture » mais (rien) sur le reste. Même position sur le programme européen pour les plus démunis. La France a soutenu la position allemande qui refusait ce programme utile pour les banques alimentaires, il espère que la France changera de position à la faveur du changement de gouvernement, et abandonnera Berlin en rase-campagne sur sa position dure.

Tous les jours pas facile d’être Européen

L’homme ne se définit pas comme socialiste. « Effectivement je ne le suis pas ; je suis un Européen. Et je peux vous dire que, tous les jours, ce n’était pas facile autour de la table (officielle du Conseil de l’UE) d’être européen. » Mais il s’estime aujourd’hui très en phase avec le discours entendu à Paris. La Commission a toujours défendu une double approche même s’il n’était pas très équilibré jusqu’ici. « Le discours européen ces dernières années a été centré effectivement sur la résolution de la crise de la dette et moins sur la croissance. Maintenant on peut rééquilibrer ». Pour autant la vision européenne de la croissance ne semble pas vraiment être la vision de la croissance qu’on en a, à Paris.

Pas de révision du Traité

Certes le Traité n’avait pas sa préférence. « Nous aurions préféré un traité communautaire ». Mais pour autant il parait hors de question de le revoir, de le renégocier comme le veulent certains socialistes. Ce n’est pas une bonne idée, pas possible. Ce texte « a été signé. Revenir en arrière poserait un problème important de crédibilité » car ce texte parle de convergence budgétaire et discipline. « Ce serait un préjudice pour l’Europe. »

Baisser les salaires : une bonne solution pour la Grèce… et la France

Quant aux instruments de la croissance, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. La Commission ressort de ses tiroirs tous les dossiers restés en plan sur la table du Conseil : la simple application de la directive Services permettrait de « gagner 1,8 point de croissance » (*), le brevet européen permet de faire gagner 3 à 11.000 euros à chaque dépôt, etc. Autre cheval de bataille : la compétitivité est justement le moyen de stimuler la croissance. Il est hors de question d’y renoncer. Notre interlocuteur « approuve ainsi tout à fait la demande faite à la Grèce de baisser le salaire minimum ». « La Grèce a un problème de compétitivité. Les touristes vont en Turquie, en Bulgarie. La Grèce doit faire un ajustement sur les salaires. C’est évident. » Et ce n’est pas le seul pays. « La France (aussi) a un important manque de compétitivité, parmi les grands pays, c’est le pays qui a le plus perdu en compétitivité. »

Notre interlocuteur s’interrompt. Il est temps d’y aller, explique le porte-parole. Dommage, cela aurait pu être intéressant. Je ne suis pas sûr que le discours, inchangé, de quelques Européens sur la nécessaire compétitivité et la baisse des salaires soit le plus sûr moyen d’obtenir autre chose qu’une crise politique. Le dialogue avec Hollande promet d’être épicé !

(*) J’ai quand même quelques doutes sur ce chiffre qui semble plutôt fait au doigt mouillé que réellement scientique

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).