L’après 2014 et la délicate question de la réduction des forces… afghanes (Maj)

Véhicules blindés dans un Antonov faisant la navette entre l'Allemagne et l'Afghanistan (crédit : ministère allemand de la Défense / Bundeswehr)

(BRUXELLES2) La transition en Afghanistan n’est pas une petite affaire. Et nombre de points restent encore à régler aux cotés desquels les aspects logistiques du retrait ne paraissent qu’une « petite » partie immergée de l’iceberg de difficultés. La réunion des ministres de la Défense et des Affaires étrangères des 28 qui a démarré ce matin à Bruxelles a donc pour objet de préparer le sommet de Chicago et d’aboutir à un « petit consensus ».

Trois points sont particulièrement en débat lors de cette réunion, selon nos informations :

  • 1) Quelle posture doit adopter l’Alliance atlantique d’ici 2014, quelles répercussions sur la conduite des opérations, sur les forces quand ce qu’on appelle la « bascule de 2013 », l’ensemble des provinces afghanes seront entrées en transition ?
  • 2) Que va-t-il se passer après 2014 ? Comment bâtir la période qui suit l’intervention durant dix ans d’intervention de la force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF/FIAS présente depuis 2003 dans le pays) dans sa version combat actif ? Comment assurer la soutenabilité des forces afghanes (financement dans la durée et évolution de l’effectif) ?
  • 3) Que fera l’OTAN ensuite dans le pays ? Quelles missions « résiduelles » assurera-t-elle ? Et quel sera le volume des troupes restant sur place ? Un point qui parait difficile à fixer, selon plusieurs pays, dès 2012 pour une période après 2014 qui va dépendre de beaucoup d’éléments : notamment la mise en place du processus de réconciliation intra-afghan et le rôle du Pakistan. On pourrait ajouter également la « bonne résistance » des forces afghanes ou la dynamique des talibans et autres forces d’opposition.

La réduction délicate des forces

C’est effectivement une question délicate sur laquelle les ministres de la Défense des « 28 » membres de l’Alliance atlantique se pencheront aujourd’hui, lors de leur réunion « jumbo » avec leurs homologues des Affaires étrangères. L’objectif d’avoir 352.000 membres des forces de sécurité (armée, police…) afghanes à l’automne 2012 est en passe d’être atteint. Mais à court terme, ce chiffre devrait retomber à 228.000 à partir de 2015, selon un modèle préparé par les Américains. Que faire des quelque 125.000 hommes qui vont être dégagés d’ici là. « Comment s’assurer que ceux qu’on met à la porte aujourd’hui ne deviendront pas un danger demain ? » La question est au centre des débats de cette réunion des ministres de la Défense. Les Américains ont bien une idée : la situation économique tout d’abord si elle s’améliore peut favoriser le retour de certains « anciens » à la vie civile, la constitution d’une réserve type Garde nationale (à l’image de ce qui se passe aux Etats-Unis) pourraient permettre cette réduction des forces, avec le taux « d’attrition » naturel qui reste particulièrement élevé.

La discussion sur l’après-Afghanistan

Le budget pour les forces afghanes se monte, selon une évaluation faite par les Américains, à 4,1 milliards de $ en rythme annuel pour les trois premières années ! Après cela, il n’existe pas d’évaluation disponible. Ce budget serait décomposé en trois parties : l’une supportée par les Afghans eux-mêmes (0,5 milliard $), l’autre par les différents partenaires engagés dans l’Ifas (1,3 milliard $), la dernière partie étant supportée par les Américains (2,3 milliards $). Une partie du débat se situe dans le montant lui-même et sa durée ; l’autre dans sa répartition et surtout son évolution au cours des années. Le projet présenté aux Ministres évoque une part variable des Américains qui décroitrait au fur et à mesure de la montée en puissance soit du budget afghan, soit d’autres partenaires. Point qui ne réjouit pas tous les Etats participants à l’IFAS.

Certains plaident que non seulement les partenaires de l’IFAS mais toute la communauté internationale soit engagée, et que cette part également puisse décroitre dans le temps. Côté français, notamment – mais c’est le cas d’autres pays – on estime qu’il faut prendre en compte ceux qui vont continuer à contribuer à l’effort de sécurité en Afghanistan après 2014, notamment en fournissant du matériel ou des hommes pour la formation des forces de sécurité notamment. « Il n’y a aucune raison que seuls les pays de la FIAS soient contributeurs – estime ainsi Gérard Longuet, ministre français de la Défense, qui s’est confié à quelques journalistes dont B2 -, il faut prendre en compte la montée progressive de la contribution afghane, et les nations qui combattent doivent être soutenues par les nations qui ne combattent pas et ont d’importants moyens ». Côté américain, on estime avoir déjà « beaucoup donné » pour l’Afghanistan ; ce pays occupe en effet le premier rang dans les contributions bilatérales du Département d’Etat (devant Israël !). Précisons que ce budget serait assuré par des « contributions volontaires » et non selon l’habituelle clé de répartition des dépenses communes de l’OTAN.

La répartition de cette somme va donner lieu à d’autant plus âpres débats que quasiment tous les pays – au moins européens – sont sujets à un rationnement budgétaire intense. Il parait aussi délicat de pouvoir justifier l’engagement de sommes importantes aux yeux des opinions publiques, alors que d’autres portions de l’aide extérieure (humanitaire, développement, défense…) sont soumis à rationnement.

La contribution européenne

Les Américains et l’OTAN font le tour actuellement des popotes pour ramener un maximum de contributions monétaires et matériels pour l’après 2014. Le secrétaire général de l’OTAN, A.F. Rasmussen, qui a récemment rencontré J.M. Barroso a ainsi obtenu de l’Union européenne une augmentation importante de sa contribution pour l’Afghanistan. Selon nos informations, l’effort de l’UE augmenterait de 50%, il passerait ainsi de 200 à 300 millions d’euros par an pour l’aide au développement sur la prochaine période budgétaire (2014-2021). Tandis que la contribution à la Lofta (Etat de droit, police, armée) passerait de 60 à 200 millions d’euros.

Il ne s’agit ici que de l’aide versée sur le budget communautaire. Pour mémoire l’UE et ses Etats membres ont versé sur la période 2002-2010 près de 8 milliards d’euros à l’Afghanistan. A.F. Rasmussen doit d’ailleurs rencontrer le 22 avril Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen. Et la contribution des Etats membres devrait également y être évoquée avec d’autres sujets très délicats – comme la future présidence chypriote de l’Union européenne – qui démarre le 1er juillet – et la difficile période qui va s’entamer entre les deux organisations, pour cause de conflit turco-chypriote non réglé.

(maj) Premières promesses. Selon certaines informations diffusées après la réunion, la Belgique aurait ainsi déjà promis 15 millions $, le Royaume-Uni 110 millions $ mais pas avant 2015, le Canada.

(Maj – après réunion avec déclarations de G. Longuet)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).