Elections en France : premiers éléments d’analyse pour l’Europe (maj)

Si les premières intentions de vote se confirment on peut déjà dresser quelques leçons.

Le président de la République plafonne et se laisse distancer par le candidat socialiste. Plusieurs éléments ont joué. Sa politique a déçu : le slogan « travaillez plus, gagnez plus » était un excellent slogan, mais il ne s’est pas réalisé, alors déception… Ses allers-retours – pro européen puis anti-européen, moderne puis traditionnel… – ont rendu son message incompréhensible. Ses erreurs du début n’ont pas été rattrapées par la suite ; parti à la rencontre d’une partie uniquement de son électorat – la droite industrielle riche – il en a oublié ses autres parties – notamment la droite populaire. Il paie, enfin, un départ très tardif en campagne et une trop grande confiance dans sa force de bateleur. De fait, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, il n’a pas bénéficié vraiment des attentats de Toulouse, et de son retour en flamme sécuritaire.

Le président dispose pour le second tour d’une faible réserve de voix. Ce n’est pas l’apport des voix de Bayrou que pourra venir le secours – d’autant qu’une partie ira voter plutôt à gauche ou à la pêche (abstention). Et il y a peu de « petits » candidats du centre ou de droite populaire qu’il peut espérer rallier (un Dominique de Villepin ou un Jean-Louis Borloo aurait bien été utile). Il faudra aller pêcher à l’extrême droite, voire rafler l’ensemble de ces voix d’extrême droite. Ce qui parait difficile.

Le score de l’extrême droite peut paraître une surprise. C’est oublier que le Front national, sous Le Pen père et fille, n’a cessé – élection après élection – de grapiller quelques points. Son écrasement en 2007 a pu faire penser à un revirement, il n’en était rien. Ce n’était qu’une péripétie. Autre élément, important, le fort taux de participation démontre qu’une partie de la population (1 Français sur 5) va voter pour Le Pen. Elle ne profite pas ainsi d’une montée en pourcentage, à la faveur d’une abstention forte. C’est doublement inquiétant. Car elle va se retrouver en arbitre de nombre des élections suivantes, à commencer par les législatives, où les triangulaires vont être nombreuses.

Il y a ainsi généralement un retour de la gauche, en France, avec la (re)constitution d’un pôle important à gauche du parti socialiste, regroupé autour d’un seul candidat, Jean-Luc Mélenchon. On note aussi un certain écrasement des différents partis d’extrême-gauche (Lutte ouvrière, Nouveau parti anticapitaliste) au profit d’un seul candidat non seulement plus médiatique, mais aussi plus consensuel et symbolique. Il n’est pas évident que toutes ces voix se reportent sur Hollande au second tour. Mais le candidat socialiste devrait être assuré d’un meilleur report de voix que de ceux de l’extrême droite sur Sarkozy.

Si François Hollande est élu à la présidence de la République, on va retrouver en France une situation politique inédite, où la gauche a tous les leviers de pouvoir. En 1981, quand Mitterrand était au pouvoir, le sénat était encore à droite. Plus aujourd’hui. Depuis une dizaine d’années, mis à part quelques accidents locaux, la gauche a remporté toutes les élections — municipales, cantonales, régionales … —; ce qui lui a permis de conquérir la chambre haute (le sénat) réputé être le garant de la stabilité. Un point important car cette composition va influer sur les autres structures de l’Etat comme le Conseil constitutionnel (nommé par les présidents des trois structures : présidence de la République, Assemblée nationale, Sénat).

Ce résultat d’élections pourrait avoir un effet de dynamique – qui devrait rejaillir sur des élections dans plusieurs autres pays – Pays-Bas notamment, république Tchèque (éventuellement) et Allemagne l’année prochaine. Certes chaque pays a ses ressorts politiques internes, mais il existe aussi des cycles généraux. Après avoir été durant une bonne dizaine d’années très orientée à droite, il pourrait y avoir non un retour de balancier complet à gauche, mais un rééquilibrage certain entre la droite et la gauche, qui pourraient infléchir les politiques européennes à venir.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).