Syrie : couper les ponts avec Bachar, une erreur tactique ?

(BRUXELLES2) Certains responsables européens auraient-ils fait une erreur de jugement, une erreur tactique ou agi de façon précipitée, en réclamant dès le début des évènements en Syrie, le départ de Assad. C’est en tout cas,le sentiment d’un diplomate européen. En exigeant un changement, et le départ de son dirigeant, on a « coupé tous certains ponts ou la possibilité d’un dialogue » explique cet expert à B2. Le dirigeant syrien qui ne considère pas comme négociable son départ et s’estime le dirigeant légitime a donc considéré comme « hostiles » les points de vue occidentaux, de la France, du Royaume-Uni et des Etats-Unis et s’est muré dans un « refus de dialogue ». La crainte d’une modification du pouvoir, à la Libyenne, a fait le reste. Ne restait plus alors que la confrontation, beaucoup plus difficile et délicate avec l’opposition russe (et chinoise) au Conseil de sécurité à toute résolution non seulement sur une intervention militaire mais aussi sur un changement de forme de gouvernement. Cette crainte est aussi bien présente et explique la position russe qui refuse par principe cette intrusion par la force dans les régimes en place. Un peu à la manière dont en Géorgie ou en Ukraine, elle craint qu’on cherche à remodeler les régimes, en mettant des dirigeants plus pro-occidentaux qu’orientaux, à revoir les lignes de « front ».

Trop tard

« Maintenant il est très tard. Il y a beaucoup trop de morts pour espérer une pacification rapide. » Même le scénario à la libyenne, avec reconstitution d’une armée et de territoires libérés, parait délicat à entreprendre. Et les fermetures d’ambassades – à l’image de celle du Royaume-Uni déclarée aujourd’hui – laissent mal augurer d’un dialogue.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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