Quelques explications de la position allemande sur Atalanta

Le Bundestag se prononce sur toutes les opérations extérieures où des militaires allemands sont engagés(copyright : NGV / B2)

(BRUXELLES2) L’extension géographique de la mission anti-piraterie de l’UE (Eunavfor Atalanta) a suscité et suscite encore quelques interrogations en Allemagne. Un point qui n’est pas de détail. Le commandant d’opération d’Atalanta, le rear-admiral Duncan Potts, devrait d’ailleurs normalement être à Berlin aujourd’hui au Bundestag pour rencontrer les députés allemands. Et le Comité politique et de sécurité de l’UE (le fameux « COPS ») doit encore se prononcer vendredi (30 mars) sur le nouveau plan d’opération. Pour comprendre la situation interne en Allemagne, j’ai demandé à mon confrère Thomas Wiegold (de Augen Geradeaus !)) de me brosser un tableau rapide de la situation politique.

Tout d’abord, il y a les interrogations du FDP, le parti libéral (de plus en plus en difficulté au niveau électoral et qui pourrait bien disparaitre de la scène politique s’il n’arrive pas à dépasser la barre des 5%). Le FDP soutient l’opération mais pense qu’il y a un « problème » pour l’extension. Mais l’opposition vient surtout des Sociaux-démocrates, le principal parti d’opposition qui a « déjà annoncé qu’ils n’accepteraient pas l’extension du mandat quand elle passera devant le Bundestag ». Rainer Arnold, le spécialiste du SPD pour la Défense, a déjà annoncé la couleur.

Dans les faits, cela ne devrait pas arrêter l’approbation du nouveau mandat d’Atalanta devant le Parlement allemand. Mais cela ne se fera pas sans difficulté. Et il y a un risque de précédent. Jusqu’alors, le gouvernement a tenu à ce que chaque mandat d’opération soit approuvé (peu ou prou) par une large partie de l’échiquier politique, y compris de l’opposition. Die Linke et quelques Verts se sont certes opposés aux mandats, parfois. Mais il y avait toujours une large majorité pour approuver l’opération au Bundestag. Cette fois-ci, cela risque de ne pas être le cas. D’où tous les efforts du gouvernement, notamment de la CDU, pour ramener à bord les socio-démocrates.

Commentaire : La valse-tergiversation que l’on a pu observer à Bruxelles des Allemands était, en fait, très calculée et le résultat de ces tensions internes à Berlin. Entre le ministre de la Défense (CDU) Thomas de Maizière et le ministre des Affaires étrangères (FDP), Guido Westerwelle, la position n’est pas strictement la même ; ce n’est plus un secret. 🙂 D’où un mélange de « j’hésite à approuver », « je ne mets pas de réserve mais… » répondant en fait au désir de bien montrer à Berlin que l’Allemagne avait obtenu des concessions de ses partenaires et mis de sévères conditions à un nouveau plan offensif pour Atalanta. De fait, comme me l’a confié un expert européen du dossier « piraterie », il n’a jamais été question que l’Allemagne se retire de l’opération ou ne participe pas à certains aspects de l’opération. On se souvient qu’un navire allemand était d’ailleurs venu en soutien logistique (et médical) des Français quand ils avaient décidé – sous pavillon national – l’opération de « récupération » des otages du Tanit…

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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