Toulouse : un évènement qui oblige à s’interroger sur l’Afghanistan

(BRUXELLES2) Je ne reviendrais pas ici sur le « comment j’aurais mieux fait » la négociation ou l’assaut. Ce genre de polémiques est souvent le sport favori des différentes forces de sécurité (GIGN versus RAID, Gendarmerie contre Police, Civils contre militaires…) qui n’ont pas participé à l’opération, surtout quand elle se termine par ce qu’il faut bien appeler un échec – avec mort d’homme et surtout du principal suspect. Le genre est souvent le même : si on m’avait laissé faire, cela n’aurait pas eu lieu. Pour l’avoir vécu directement, et observé parfois (*), ces commentaires n’ont souvent qu’une faible valeur que celle du besoin d’exister et, que rarement, une réelle portée explicative. Car tous les éléments opérationnels ne sont pas pris en compte ou connus. C’est comme refaire un match au fond de son fauteuil !

Ce qui, en revanche, mérite l’attention est le parcours « supposé » du criminel. De la même façon que pour les attentats de Londres, on n’a pas affaire là à un terrorisme importé, venant frapper de l’extérieur, avec des réseaux (comme la série d’attentats qu’a connues la France dans les années 1980, imputées au GIA ou à des groupes libanais sous impulsion iranienne) mais à un terrorisme du terroir, fait maison, c’est-à-dire un homme vivant sur le territoire, apparemment bien intégré qui, pour une raison ou une autre, a été convaincu de mener un autre combat, a été endoctriné et entraîné pour cela.

On pouvait penser naïvement que l’intervention massive en Afghanistan dont le premier objectif était d’éradiquer le terrorisme visant les pays occidentaux avait atteint ses objectifs. Il n’en est rien. Si le passage de Merah dans un centre d’instruction d’Al Qaida en Afghanistan et au Pakistan n’est pas confirmé en tant que tel, il aurait cependant pu lors de ses séjours se former à certaines techniques. On pourrait alors dire que la fabrique de terrorisme que l’on visait en 2001 n’est pas encore disloquée. Et qu’il faudra désormais plus qu’attentif. Car Merah n’a pas été, en effet, « formé » dans les années 1990 ni au début des années 2000 mais bien dans les années 2010, quand l’opération militaire en Afghanistan était normalement au plus fort de sa stratégie.

Cela oblige, à mon sens, plus que jamais à poser la question de ce que l’on fait en Afghanistan, pour quel objectif, avec quels moyens ? Il ne s’agit pas de dire seulement qu’on se retire d’Afghanistan, mais ce qu’on l’y fait après. Pas comment on va stabiliser le pays ou l’amener vers de méthodes plus modernes de gouvernance. Mais comment on va s’assurer que le risque d’exportation terroriste qu’il semble toujours receler va être contré. Ce qui semble sûr en tout cas, c’est que la force internationale de sécurité (FIAS) n’a pas tout à fait réussi dans cet aspect de sa mission.

(*) On avait eu le même genre de commentaires après l’intervention sur le Tanit des commandos marine soumis à des critiques tout aussi violentes du GIGN. Les gendarmes ont mal vécu – selon mon confrère de Secret défense – d’être écartés de leur tâche d’escorte présidentielle sur un trottoir du Fouquet, un soir.