Althea ou Eulex, Bosnie ou Kosovo, il faut choisir ?

(BRUXELLES2) Le débat prévu entre les ministres de la Défense sur l’opération militaire de stabilisation en Bosnie-Herzégovine (Eufor Althea), jeudi, a tourné au débat général sur la présence de troupes dans les Balkans, selon les informations obtenues par B2. Le secrétaire général de l’OTAN, présent lors du débat, A. F. Rasmussen, a indiqué que la baisse du personnel d’Eulex au Kosovo avait un fort impact sur la KFOR (la force de stabilisation de l’OTAN au Kosovo), qui était du coup obligé de pallier au manque d’effectif. « Je souhaite réduire les effectifs de la KFOR. Il faut choisir et mieux coordonner les efforts. Si on nous demande de renforcer Eulex, je ne peux pas réduire les effectifs de la KFOR. Il faut qu’Eulex renforce ses capacités de contrôle de foules. Le problème n’est pas que budgétaire, il est politique » a-t-expliqué. Ce à quoi a répondu le ministre italien de la Défense, Giampaolo Di Paola (ancien commandeur de l’OTAN) : « si on veut plus de troupes à Eulex, il faut en enlever ailleurs. (…) L’important et aussi de mieux coordonner toutes les forces en présence. »

Althea : au-dessous de la moitié du minimum requis

Sur l’opération Althea, proprement dite, le général Hakan Syren, président du comité militaire de l’UE qui s’exprimait en l’absence du chef de mission, a répété ce qui est exprimé régulièrement dans les rapports de synthèse provenant du terrain : d’un point de vue de sécurité, il n’est plus justifié de maintenir des militaires en Bosnie-Herzégovine ». Point de vue partagé par certains ministres, comme le secrétaire d’Etat allemand à la Défense, Christian Schmidt. Argument supplémentaire de H. Syren :  la mission ne dispose aujourd’hui pas des effectifs nécessaires : « nous sommes au-dessous de la moitié du minimum requis » a-t-il assuré.

Des contributions pour la mission et la réserve

Certains pays estiment cependant nécessaire de maintenir une mission ou au moins ce qu’on appelle une réserve régionale intermédiaire. Ainsi Gerald Howarth, pour le Royaume-Uni, a annoncé une contribution à la Réserve à hauteur de 120 personnes prêtes à partir dans les 72 heures ; la Slovénie également va fournir une compagnie motorisée. L’avantage de cette solution est de garder ses personnels à la maison, sans déploiement préalable. Ce qui est intelligent… et économique. La Bulgarie a annoncé une contribution sans en préciser la teneur. Et la Roumanie y réfléchit. Les pays d’Europe centrale : Autriche, Hongrie, Slovaquie (l’ancienne puissance tutélaire en fait d’Autriche-Hongrie…) vont continuer à contribuer à la mission Althea. Pour la Hongrie, « il est important de ne pas oublier ces « anciennes » missions quand on en lance de nouvelles » ainsi que l’a confié à B2 un diplomate hongrois.

En Bosnie, une situation qui se « normalise » politiquement

On peut remarquer que par rapport à la situation qui prévalait il y a six mois, la situation politique en Bosnie-Herzégovine s’est considérablement assainie. La formation d’un gouvernement, en février, comme les accords sur une loi sur le recensement et une autre sur les aides d’Etat, cmme un accord sur les équipements militaires a permis de remplir nombre de points qui restaient en suspens depuis plusieurs années. Certes les modalités de nomination aux principaux postes gouvernementaux ne sont pas encore en totale conformité avec les règles de la Convention européenne des droits de l’Homme et nécessite encore la modification de la Constitution). Mais la perspective européenne de la Bosnie-Herzégovine est claire, avec le plein soutien des 27 Etats membres comme l’a rappelé récemment Catherine Ashton, la Haute représentante. L’entrée en vigueur de l’accord d’association et de stabilisation (ASA) – qui a été ratifié par les 27 Etats membres – pourrait signifier pour la Bosnie sa réintégration dans la course à l’adhésion. A Sarajevo, on espère pouvoir déposer un statut de pays candidat d’ici la fin de l’année.