L’opération PSDC Niger : cinq menaces pèsent sur le pays. Les objectifs de la mission

L’opération PSDC Niger : cinq menaces pèsent sur le pays. Les objectifs de la mission

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1ère compagnie d’infanterie commando de la garde nationale défilant lors du 14 juillet en 2010 à Paris (crédit : ministère français de la Défense / B.Biasutto-DICoD)

(BRUXELLES2, exclusif) Le concept de gestion de crises (CMC) que pourraient adopter le 23 mars les ministres des Affaires étrangères des « 27 » devrait se centrer – ainsi qu’annoncé sur B2 – sur le Niger. Ce devrait être une mission civile, d’environ une quarantaine de personnes selon les informations recueillies. Le plan d’opération doit encore être finalisé.

Selon le projet de CMC qu’a pu lire B2, c’est le nord du pays qui est particulièrement visé. Une région marquée une pauvreté chronique, un sous développement et une insécurité alimentaire ; une des régions les plus pauvres du globe. La crise libyenne a encore exacerbé et augmenté les risques de violence dans la région.

Objectif de la mission

Une mission d’évaluation de la Commission et du Service diplomatique a été au Niger en janvier dernier. La mission européenne devrait viser à augmenter la capacité des forces nigériennes – dépendant du ministère de l’Intérieur – à lutter contre le terrorisme comme le crime organisé, et à récupérer le contrôle de l’Etat dans la région du nord du pays. L’objectif est de développer et rendre opérationnel la dimension sécurité de la stratégie mise en place par le Niger. Le gouvernement a, en effet, adopté sa propre stratégie « sécurité et développement » pour cette partie du pays, placée sous la direction politique directement du Premier ministre. Et il a invité les autorités européennes à déployer une mission.

La mission aurait trois volets : formation, assistance et conseil. La mission aurait aussi pour fonction de pouvoir identifier certains projets – pouvant bénéficier d’un financement européen – de les planifier et d’en suivre la mise en oeuvre, en liaison éventuellement avec les actions bilatérales des Etats membres (ou d’autres pays). Elle devrait être de petite taille, environ une petite équipe de 40 personnes, selon les informations recueillies par B2.

Les risques menaçant le pays

Certains risques sont liés à des mouvements « terroristes » (AQMI, Boko Haram), apparus assez récemment, d’autres à des mouvements de minorités nationales, récurrents dans la région, d’autres à la conjoncture libyenne (avec le retour de combattants et de travailleurs immigrés).

1° AQMI (Al Quaida au Maghreb islamique) a vu ses effectifs réduits. Mais ses militants – environ 300 personnes dans le nord du Mali -, constituent un des risques principaux de sécurité pour la région. L’enlèvement d’occidentaux a réduit le tourisme drastiquement. Il est bien implanté au Mali – où il remplace souvent l’Etat dans différentes attributions. Il n’aurait pas de bases permanentes dans le Nord Niger, où il mène des incursions.

2° Boko Haram (BH), le mouvement actif au Nord Nigeria, constitue également une menace pour le Niger. Il conduit à des déplacements de personnes et réfugiés dans la frontière sud. Il n’y a pas de preuve d’une liaison entre Boko Haram et AQMI mais des contacts périodiques ont été observés sur place.

3° Le mouvement touareg. Après la rébellion dans le nord du pays en 2007-2009, des efforts ont été faits pour réintégrer les touaregs dans la vie politique et sociale. mais certains restent en dehors de ce mouvement. « Le défaut de mise en oeuvre de certains mesures et l’influence négative des évènements au Mali pourrait conduire à la renaissance de ce conflit », précise-t-on coté européen. Le MNLA – mouvement pour la libération des Azawad) présent au Mali et qui compte en son sein plusieurs combattants pro-Kadhafi, a lancé plusieurs attaques contre les forces maliennes.

4° Les réseaux de trafic en tous genres. Armes, drogues, trafic humain… la région est traversée par plusieurs réseaux criminels. Les « propriétaires de ces réseaux » utilisent des groupes d’anciens combattants, de Touaregs et Toubous, pour le transport et les escortes. « Aucun base permanente n’a été identifiée au Niger » ; mais la libre circulation dans la région du Nord facilite les trafics.

5° Les anciens combattants pro-Kadhafi revenus de Libye. Cela constitue sans doute un des « principaux et plus urgents défis ». Si certains semblent se réintégrer dans la vie civile, d’autres « avec une bonne connaissance du terrain et de bonnes compétences militaires veulent rester armés, prêts à s’engager dans le banditisme ou d’autres activités criminelles ».

6° L’augmentation d’armes, de munitions et d’explosifs en circulation a augmenté depuis le conflit en Libye. Une partie circule dans les réseaux ; d’autres – en nombre « considérable » – restent cachés dans la région montagneuse de l’Aïr.

Enfin, il y a un autre risque celui des travailleurs nigériens de retour de Libye. On en estime le nombre à 200.000. Leur retour dans une région extrêmement pauvre en accroit sa vulnérabilité. D’autant que, souvent, ils subsistaient grâce aux sommes envoyées par les travailleurs immigrés. Ce risque a progressivement diminué depuis la dispersion dans tout le pays.

Les forces du Niger

Les trois forces du Niger – la Gendarmerie, la Police nationale et la Garde nationale – comme l’armée (terre et air) sont impliquées dans la lutte contre ces menaces. Le ministère de l’Intérieur a préparé une approche unique de ses différentes forces. Et il semble aussi nécessaire – selon les Européens – de rationaliser un peu toutes les initiatives. Entre le service central de lutte contre le terrorisme, les groupes d’intervention, le centre d’entraînement…, il y a peut-être nécessité d’une identification plus claire, d’une évaluation et d’un renforcement si nécessaire.

Mais le contrôle du territoire et des frontières s’étendant sur plusieurs centaines de km, souvent désertiques est difficile. Deux opérations mobilisant environ 2500 militaires ont été déployées sur la frontière avec le Mali et la Libye, et pour sécuriser les mines (uranium et pétrole), précieuses pour l’économie du pays.

Les projets européens déjà menés

L’Union européenne finance déjà certaines actions au Niger, via le programme d’appui à la justice et à l’Etat de droit (PAJED). Le Pajed II comprend ainsi un volet sécurité de 2,3 millions d’euros (sur un montant de 15 millions) pour la période 2011-2014, permettant notamment de soutenir les services d’enquête et de police des trois forces de sécurité. Un budget de 5 millions d’euros a été dégagé dans le cadre de la stratégie « Sahel ».

Deux autres projets sont menés dans le cadre de l’Instrument de stabilité : à court terme, pour pallier l’insécurité et les conséquences de la crise libyenne, avec le renforcement d’équipes de police locales et de contrôle des armes illicites, dans la région d’Agadez. Un autre à plus long terme, pour renforcer le système de justice pénale, anti-terroriste, en lien avec des projets identiques menés au Mali et en Mauritanie, avec notamment le développement d’un « Collège sahélien de sécurité » visant à développer une approche commune de la coopération et de l’Etat de droit. Ces programmes ne sont pas menés directement par l’Union européenne mais différentes agences (PNUD, CICR … et un consortium européen dirigé par Civipol).

Quelques Etats actifs en bilatéral, de l’UE ou … non

Différents pays mènent également une action bilatérale : la France avec une mission d’assistance militaire (qui devrait passer de 4 à 12 millions d’euros) ; l’Espagne qui a un projet de contrôle de l’Immigration dans le Sahel de l’Ouest avec un expert présent à Niamey.

Les Etats-Unis mènent également un programme – TransSaharan Initiative – soutenant les forces de sécurité et l’armée dans la lutte anti-terroristes, avec un appui logistique et du matériel (véhicules, équipement de contrôle aux frontières, communications…).

L’Algérie est également active dans la région avec la mise en place d’une structure commune, le CEMOC, avec les trois pays de la région (Mali, Mauritanie, Niger). Mais son engagement sur AQMI reste « très limité » selon les experts européens et « reste principalement concentré sur la frontière entre l’Algérie et le Mali ». Et elle reste pour l’instant réticente à ouvrir le Cemoc à d’autres pays. Seule ouverture la possibilité d’établir des liens avec l’UFL – une unité de fusion et de liaison du renseignement (UFL), basée à Alger.

Commentaire : on peut remarquer que cette action au Niger permet de démarrer rapidement la mission au Sahel qui a, un peu, trainé dans les tiroirs de la Haute représentante. Selon les engagements pris, un plan aurait dû être présenté au début… 2011. Mais n’agir qu’au Niger va ressembler très vite à écoper l’eau avec une passoire. Une action identique devra également se situer de l’autre coté de la frontière, au Mali. C’est un peu plus compliqué qu’au Niger. Et on comprend fort bien la nécessité de commencer la mission par un bout, plutôt que d’attendre encore. Pour avoir une action complète et globale, cette mission devrait être reliée très rapidement avec l’action de récupération des armes et de surveillance des frontières en Libye.

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