L’Europe va avoir « son » représentant spécial pour les Droits de l’Homme. Pour quoi faire ?

(BRUXELLES2 à Copenhague) Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont approuvé l’idée de créer un poste de représentant spécial pour les Droits de l’Homme. Le mandat a commencé d’être examiné dans les groupes de travail, notamment au COPS le Comité politique et de sécurité. Et l’objectif est d’aboutir, en juin, à une nomination.

Ce représentant spécial aura pour une double mission à la fois symbolique et diplomatique. C’est un « signal important » envoyé, précise un diplomate à B2. Il s’agit de pouvoir « rehausser la question des droits de l’homme » au sein du service diplomatique, comme de l’Union européenne, et de fédérer les énergies. Les pays tiers pourront ainsi avoir un référent de haut niveau au sein de l’Union européenne sur ces questions. Mais, surtout, il pourra tisser des liens, des alliances, au niveau bilatéral comme multilatéral. Certains pays évoluent sur ces questions : l’Afrique du Sud, sur le statut des homosexuels par exemple (un sujet délicat en Afrique) ; le Brésil, avec la nouvelle présidente, veut aussi renforcer ce sujet… Le représentant spécial aura aussi un important travail avec les institutions internationales en charge de ces questions (ONU, …) et les ONG.

Ce poste n’est pas censé être le rôle d’un « commissaire aux droits de l’homme » capable d’exprimer des positions un peu plus fortes. Il devra « refléter naturellement la position définie au sein de l’Union européenne ». Il ne pourrait donc exprimer un point de vue plus tranché sur des questions de minorités sensibles, par exemple celle des Tibétains en Chine, que celui défendu aujourd’hui au fil des communications de l’Union européenne. Mais ce sera un interlocuteur important pour les ONG, les minorités ou les mouvements d’opposition, le cas échéant. En quelque sorte, une porte pour les sans-voix.  Ce représentant spécial se concentrera sur la situation dans les pays tiers, et non au sein de l’Union européenne (c’est un point qui avait été discuté entre diplomates).

Quant au nom, aucun n’a circulé pour l’instant. Mais il paraît certain que les pays du nord (Danemark, Finlande, Suède…) auront la palme de ce poste. Ce qui semble se dessiner, c’est que ce représentant spécial ne devra pas avoir le profil d’un diplomate classique. Il devra avoir une étoffe politique sérieuse. Sinon « cela ne sert à rien de créer ce poste qui est justement destiné à démontrer la prééminence du sujet pour les Européens » a expliqué un diplomate nordique. Les Français pourraient aussi avoir un candidat. Mais ce que veulent plusieurs pays – dont la France – c’est d’abord de discuter du fond, de la stratégie avant de commencer à envisager des noms.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).