L’UE continuera de soutenir les efforts de l’AMISOM. Mais pas toute seule (maj)

La reconquête de l'université de Mogadiscio par les soldats ougandais (crédit : AMISOM)

(BRUXELLES2) L’Union européenne a déjà fourni 325 millions d’euros pour soutenir la force de l’Union africaine pour la Somalie (Amisom), depuis 2007, selon les chiffres fournis par un expert européen avant la conférence pour la Somalie à Londres. Ce montant s’est accéléré dans les derniers mois. En 2011 ont été versés plus de 100 millions d’euros. Et 67 millions ont été engagés jusqu’à juillet 2012. ce n’est pas la seule aide européenne à la Somalie : l’UE a ainsi versé depuis 2008, 500 millions d’euros pour des projets visant à soutenir le développement (éducation, gouvernance, économie) et 210 millions d’euros en aide humanitaire.

Une contribution essentielle pour payer les salaires et la logistique

L’effort est conséquent ! L’Europe verse ainsi environ 10 millions d’euros par mois désormais à l’Union africaine pour l’Amisom (environ 130 millions d’euros). « C’est important car cela crée un cadre propice au développement » explique un officiel européen. Cette contribution de l’UE permet d’assurer les salaires des troupes, la logistique (transport, bâtiment, communications) et le soutien médical. Mais pas les « équipements et les armes fournis par les Américains », a confirmé un diplomate européen à B2.

Et cette somme pourrait augmenter dans l’avenir. José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne l’a confirmé officiellement lors de son point de presse avec le Premier ministre somalien aujourd’hui (mardi 21 février). « L’UE se tient prête à mobiliser des ressources supplémentaires afin de permettre une augmentation du nombre de troupes ». Mais l’UE ne veut plus continuer payer toute seule. « Notre effort ne couvre qu’une partie des besoins accrus ; j’appelle les autres donateurs et la communauté internationale à intensifier leur aide » a précisé J.M. Barroso. Si les chiffres sont confirmés, cela pourrait représenter environ une augmentation de 50% des subsides pour l’UE. La Commission souhaiterait, en particulier, que les pays arabes mettent un peu plus au pot. « Ce sera le message que nous voulons porter à Londres » a précisé un expert du dossier à B2.

(maj) Selon les informations communiquées à B2, cette augmentation se heurte à une difficulté interne à l’Union européenne. Les fonds disponibles au titre de la Facilité de paix pour l’Afrique – qui sert à financer l’Amisom – ne suffiraient pas à eux seuls. Et il faudrait puiser dans d’autres lignes du Fonds européen de développement. C’est la proposition de la Commission européenne. Or, ce fonds n’est pas « communautarisé » (il n’est pas inclus dans le budget communautaire). Et certains Etats membres sont réticents à cette ponction. Ils refusent également que l’Union s’engage de façon ferme à la conférence de Londres, jeudi.

L’heure à l’optimisme mais…

Cette conférence de Londres s’ouvre sur une note d’optimisme. « Nous passons d’une ère de non droit et d’extrémisme à une ère de paix et stabilité » a déclaré, Abdiweli Mohamed Ali, le Premier ministre somalien, à l’issue de sa rencontre à la Commission européenne. Optimisme rendu possible par les batailles gagnées sur le terrain. Sous le poids conjugué de l’offensive des Kenyans au Sud, de l’Ethiopie à l’Ouest, et des contingents burundais, djiboutiens et ougandais de l’AMISOM, renforcés par les premiers soldats somaliens entraînés et formés par l’Union européenne, les forces d’Al Shabab ont dû reculé d’abord de Mogadiscio puis de plusieurs villes du pays. Les Kenyans visent maintenant Kismayo, le poumon portuaire des Al Shabab, tandis que les Ethiopiens aidés de forces somaliennes visent le district de Yeed, porte névralgique pour libérer les régions de Bay et Bakool.

« Les forces d’Al Shabab semblent être en retraite » se réjouit un diplomate européen. Constat plus mesuré cependant pour des responsables de l’aide humanitaire européenne qui soulignent que nombre de populations restent encore « sous le contrôle des Al Shabab » et qu’il existe encore « plusieurs problèmes d’accès pour l’aide humanitaire » dans plusieurs endroits du pays. D’ailleurs, l’idée de lancer un processus de DDR – désarmement, démobilisation, réintégration – qui est souvent le signe d’un apaisement de la situation pour les combattants des milices islamistes, apparaît vraiment prématurée aux yeux des observateurs. « Ce n’est pas encore le moment. Cela viendra un jour j’en suis sûr » a concédé à B2 un haut diplomate européen.

La nouvelle AMISOM, augmentée des contingents kenyans

Carte de la Somalie avec les secteurs de la nouvelle Amisom (crédit : ONU / B2)

Selon le projet préparé par le secrétariat général de l’ONU et l’Union africaine, le plafond des effectifs de l’AMISOM devraient augmenter passant de 12.000 (*) à 17.331 hommes. Le plan de l’ONU prévoit également le de?ploiement de 260 policiers et de 2 unite?s de police constitue?es (FPU), chargées du maintien de l’ordre, comprenant chacune 140 personnes.

Cette augmentation serait notamment obtenue en incorporant les contingents kenyans déjà présents dans le sud du pays et menant actuellement l’offensive contre les Al Shabab. Une décision est attendue au Conseil de sécurité sur le sujet. La discussion est en cours à New-York notamment entre responsables européens et internationaux pour financer cette augmentation.

La répartition des troupes se ferait alors de la manière suivante :

  • Secteur 1 : Banadir    (Mogadiscio)    et    Shabelle    moyen    et    infe?rieur : contingents burundais et ougandais, effectif actuel (9 500 hommes).
  • Secteur 2 : Djouba moyen et infe?rieur (Kismayo) : contingent kenyan, transfe?re? sous le commandement de l’AMISOM (4 700 hommes).
  • Secteur 3 : Gedo,    Bay    et    Bakool    (Baidoa)    et    partie    occidentale    de l’Hiraan : reste des contingents burundais et ougandais (2 500 hommes)
  • Secteur 4 : Galgudud, Mudug et une partie de la re?gion de l’Hiraan (Beledweyne) : contingent djiboutien (1 000 hommes).

Selon le plan des Nations-Unies, l’AMISOM devrait également être renforcée par certains moyens notamment au niveau aérien (hélicoptères) et maritimes (navires).

(*) Un chiffre qui n’est pas encore atteint, il serait plutôt aux alentours légèrement inférieur 10.000 hommes.

Quelques questions délicates demeurent

Il reste encore nombre de sujets délicats pour la communauté internationale. Premier des sujets « délicats », le statut du Somaliland. Cette région du nord de la Somalie, assez stable et épargnée par les derniers troubles, a proclamé son indépendance et n’a pas participé à la dernière conférence de Garowe II qui a entériné un processus destinée à conforter le gouvernement fédéral : mise en place d’une assemblée constituante – désignée par les « ainés » – et d’une chambre haute, représentant les clans et régions, désignation d’un nouveau gouvernement qui remplacera le gouvernement de transition d’ici août. « C’est au peuple de Somalie de décider. » précise prudemment un diplomate européen. « Nous suivons la position de l’Union africaine » ajoute-t-il. « Si la structuration du gouvernement de la Somalie et son financement deviennent efficaces, la donne pourrait être différente » suggère-t-il cependant. Autre sujet délicat : que faire avec l’Ethiopie ? Celle-ci mène une offensive décisive, et possède des troupes bien entraînées. Mais elle ne semble pas intégrée dans la future Amisom. Troisième sujet : la possible levée de l’embargo sur les armes sur la Somalie. Demandée essentiellement par les autorités du Puntland, elle se heurte à nombre de difficultés. Ce point-là n’a, officiellement, pas été discuté entre Européens et Somaliens. « Le moment ne semble pas vraiment mûr » a expliqué à B2 un diplomate européen. Le Puntland est trop engagé dans des querelles de frontière, notamment avec le Somaliland, dans une zone stratégique où existent de nombreux champs potentiels de pétrole.

Lire également :

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).