Jugement des pirates : les solutions de Londres

Conférence sur la Somalie à Londres le 23 février (crédit : Foreign Office)

(BRUXELLES2) En marge de la conférence de Londres sur la Somalie, aujourd’hui, plusieurs dispositions ont été prises permettant de renforcer la lutte anti-piraterie

Accords de transfert de suspects avec la Tanzanie

Ainsi le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague et son homologue tanzanien, Bernard Membe, ont signé un Memorandum of Understanding (MoU) permettant à la Royal Navy de transférer les pirates suspects pour être poursuivis en justice. Un tel accord est en négociation au niveau européen depuis plusieurs mois, sans résultat pour l’instant. Le Foreign Office a également signé une lettre d’intention avec le ministre de l’Ile Maurice, Arvin Boolell, avec l’intention de conclure un MoU d’ici juin. L’Union européenne a déjà signé un tel accord.

NB : On peut s’interroger sur la nécessité pour le Royaume-Uni de signer de tels accords parallèlement à l’Union européenne dont elle est membre. C’est assez simple et repose sur une particularité britannique. Bien que dirigeant l’opération anti-piraterie de l’UE (Eunavfor), les Britanniques ne mettent que rarement leurs navires à disposition de l’Union et préfèrent travailler soit avec l’Otan (Ocean Shield) soit au sein de la coalition anti-piraterie américaine (CTF 151). Ils ne peuvent alors bénéficier des accords signés par l’Union européenne qui ne bénéficie qu’aux pays participant à l’opération Eunavfor (qu’ils soient membres ou non d’ailleurs de l’Union européenne).

Transfert de condamnés au Somaliland et au Puntland

Le Somaliland a signé hier mercredi (22 février) un accord définitif pour accepter des prisonniers somaliens condamnés aux Seychelles. Le premier transfert de 19 personnes devrait avoir lieu d’ici fin mars, confirmant ainsi les précédentes informations de B2 (lire : Que faire des pirates arrêtés ? Où les juger ? Où les emprisonner ? Réponses …). Quant au Puntland, autre région autonome de Somalie, il s’est engagé à prendre en charge des prisonniers déjà condamnés d’ici le mois d’août.

Une task force pour « tracer » les rançons

Une task force internationale sur l’argent des rançons. Objectif : pouvoir tracer où va l’argent des rançons dans le monde, mieux comprendre le recyclage de cet argent, et le briser. William Hague a annoncé vouloir « travailler avec ses partenaires internationaux dans les semaines à venir pour mettre en place la structure et les modalités de (cette) Task force ».

Un centre régional de coordination du renseignement aux Seychelles

Un centre de coordination – dénommé RAPPICC comme Anti-Piracy Prosecutions Intelligence Co-ordination Centre – va être créé aux Seychelles avec pour première tâche de renforcer l’échange de renseignements sur la poursuite des pirates. Il coordonnera et analyser les renseignements disponibles pour permettre de renforcer les opérations anti-piraterie, non seulement en poursuivant les individus suspects de piraterie mais aussi ceux qui financent ce type d’opérations. Le Royaume-Uni financera la construction de ce centre à hauteur de 550.000 £ et en fournira le directeur. Les Pays-Bas comme Interpol ont déjà annoncé leur intention de soutenir ce centre.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).