Juppé : l’Europe doit s’affirmer face aux crises. Stop au « soft power » all inclusive

(crédit : Parlement européen)

(BRUXELLES2 à Strasbourg) Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, était présent aujourd’hui (15 février) au Parlement européen à Strasbourg. Intervention devant une commission des Affaires étrangères, pleine à craquer (debout, assis sur les marches,… difficile de trouver une place), puis entretien avec le commissaire à l’Elargissement, Stefan Füle ; le président du Parlement européen, Martin Schulz, puis avec les députés du PPE.

Dans un discours très européen, allant de la crise économique au printemps arabe, en passant par le conflit en Syrie (voir brève),  et la politique de défense européenne, il a appelé à un sursaut européen, à une « grande ambition européenne », à ce que l’Europe s’affirme davantage face aux crises. « Un véritable discours d’investiture à un poste de Haut représentant » a remarqué la députée européenne des Verts, Hélène Flautre, ajoutant d’un ton malicieux. « Bien que ce soit pas un poste auquel vous êtes candidat. ».

L’Europe doit s’affirmer davantage face aux crises…

Il faut permettre à l’Union européenne de « s‘affirmer face aux crises » explique Alain Juppé. « Je n’ai cessé de plaider en faveur d’avancée concrètes pour la défense européenne et en particulier pour la politique européenne de sécurité et de défense commune (PSDC). L’Union doit tirer toutes les conséquences des réductions de budget de défense en allant vers davantage de mutualisation. Face à des menaces de sécurité qui la visent au premier chef, elle ne peut pas se contenter d’un soft power. »

Pour le ministre, l’exemple de la Libye est patent « L’intervention en Libye a montré les limites de la PSDC. Elle a aussi mis en lumière un réel leadership européen dans l’OTAN. » Après avoir énuméré quelques résultats (nouvelle mission dans la corne de l’Afrique, OpsCenter…) obtenus par l’initiative du Triangle de Weimar, le ministre français estime qu’il faut « continuer à avancer, y compris vers une capacité permanenté de planification et de conduite d’opérations de l’Union européenne » sur la base de « l’excellent rapport de Catherine Ashton » souligne-t-il.

L’apprentissage du printemps arabe

Le ministre a aussi reconnu une certaine complaisance dans le passé avec des régimes compromettants. Le printemps arabe « nous l’a montré : Nous avons eu tort de croire que la stabilité, la sécurité et la lutte contre le terrorisme justifiaient une certaine complaisance vis-à-vis de régimes qui faisaient fi des aspirations des peuples à la liberté et au respect des droits de l’Homme. Aujourd’hui si nous savons que le chemin vers la démocratie sera long et exigeant, nous savons aussi que l’aspiration à la démocratie est universelle ». « Sans jamais transiger sur ses valeurs, l’Union européenne doit accompagner les transitions arabes avec tous les instruments dont elle dispose. »

Contre une Europe repliée sur eux-mêmes

De façon plus générale, le Ministre a plaidé pour une Europe qui ne se replie pas sur elle, alors que « l’Europe est aujourd’hui dans la tourmente ». « La France ne veut pas d’une Union européenne qui se replie sur la seule gestion de la crise. Si l’Europe a enfin découvert qu’elle n’était plus le centre du monde, elle ne doit pas oublier qu’elle demeure la première puissance économique mondiale : dans le monde de demain, elle aura un rôle majeur, à jouer comme pôle de démocratie, de prospérité et de stabilité. »

… mais vivement une clause de réciprocité

Cependant le ministre s’est voulu réaliste. « Dans le dialogue entre l’Union européenne et ses grands partenaires stratégiques, (la France) souhaite que la clause de réciprocité soit au cœur de nos relations. Notre objectif, c’est de nous assurer que l’Union européenne ait désormais le souci d’une concurrence loyale avec les grands émergents et qu’elle cesse de considérer un peu naïvement que l’ouverture unilatérale ou asymétrique du marché européen serait bénéfique en soi. Cela a pu aider ponctuellement des pays en sortie de crise. Mais ce serait une erreur avec de grans émergents très concurrentiels comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. » a-t-il ajouté. « Nous attendons la présentation prochaine par la Commission d’un instrument de réciprocité en matière d’accès aux marchés publics. »

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