Industrie de défense : un Conseil européen sinon rien

La salle du conseil européen (crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Le constat était clair. A écouter nombre des interventions des responsables européens, industriels ou politiques réunis pour la conférence annuelle de l’Agence européenne de Défense, hier (31 janvier) ) Bruxelles, le constat semble clair. On arrive à une impasse sur le « pooling and sharing » s’il n’y a pas une impulsion politique supplémentaire, venue du haut. Le constat a été posé, les réflexions ont été menées, les premiers projets présentés… Mais comme l’a résumé Olof Skoog, qui préside le COPS, le comité politique et de sécurité, « l’approche bottom up (*) va avoir des limites ». Il avait auparavant expliqué que « notre rôle au COPS est de garder le momentum, d’envoyer un message aux capitales, de pousser à un débat stratégique sur les capacités. » Et cela ne suffit pas apparemment…  Il faudra bien à moment donné que les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se saisissent de la question pour, sinon débattre en profondeur de ce thème, au moins donner un signal qui pourra ensuite être décliné dans chaque capitale, au sein des gouvernements, des administrations et des Etats-Majors. Si personne le revendique ostensiblement, c’est un fait qui ne peut être passé sous silence.

Des blocages multiples

On peut bien sûr imputer les blocages, lourdeurs, forces d’inertie dans les hiérarchies intermédiaires. On peut invoquer également que toutes les administrations sont bousculées par les différentes coupes budgétaires, qui interviennent parfois plusieurs fois par an, et ne permettent pas de prévoir au-delà de quelques mois ce qui peut se passer. Il y a également le calendrier électoral dans de nombreux pays ou la faiblesse des gouvernements dans d’autres. On peut aussi observer que l’agenda des chefs d’Etat et de gouvernement s’est jusqu’ici (depuis 4 ans !) focalisé sur quelques points : le sauvetage des banques d’abord, de la Grèce ensuite, l’endettement et la surveillance budgétaire après en passant par la régulation financière. Mais on peut aussi remarquer que le mot « croissance économique » a commencé à faire irruption aux cotés de ces préoccupations toutes financières, figurant officiellement ainsi en tête des préoccupations des 27 lors du dernier sommet, le 30 janvier. Comme l’a expliqué alors à B2, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Luxembourg: « Nous pensons tous que la consolidation des finances publiques est importante, car il n’y aurait avoir de croissance sans considération des finances publiques. Mais maintenant nous admettons que les politiques d’emploi et croissance doivent venir compléter cette politique ». Autrement dit, les esprits semblent plus mûrs. L’inscription à l’ordre du jour de la question de Défense s’impose a priori.

C’est rationnel

Interrogée par B2, lors de cette réunion, le 31 janvier, la présidente de l’Agence européenne de Défense, Claude-France Arnould, s’est voulue prudente sur ce point — « Ce n’est pas à l’EDA de le dire » —, ne souhaitant pas déborder de son rôle. Mais elle n’a pu s’empêcher de reconnaitre que la nécessité était là : «c’est rationnel. » « C’est vraiment aux Chefs d’État et de gouvernement de se prononcer. (…) Il y a quasiment toutes les raisons que ce sujet monte au niveau européen. » Dans des domaines « aussi sensibles » pour déclencher la coopérations, il faut une « impulsion au plus haut niveau » a-t-elle expliqué, prenant en exemple le traité franco-britannique de Saint Malo. Certes « Tous les gouvernements sont aujourd’hui sous contrainte budgétaire ». Des contraintes prises en compte.  Mais les chefs de gouvernement « vont avoir une discussion aussi sur la croissance. L’industrie de défense constitue un important levier de croissance. C’est un moteur technologique (qui représente) de l’emploi, de l’investissement, de l’exportation…».

Le moment est opportun

Quant à la date, « Si ça pouvait être avant Chicago, ce serait bien sûr bienvenu… », a conclu CF Arnould. Cela peut paraitre difficile avec la contrainte de calendrier actuel qui pèse actuellement sur les 27, le prochain sommet formel étant prévu pour le 1er mars. Mais les sommets européens deviennent aujourd’hui monnaie courante. Et le moment paraît plus qu’opportun. A Herman (Van Rompuy) de jouer maintenant…

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(*) Cette approche consiste à pousser des projets – par le bas – venus des différents Etats majors pour essayer de faire rencontrer les besoins, de proposer des projets aux responsables politiques pour permettre ensuite leur mise en oeuvre.