Les pirates du dhow iranien toujours à bord de l’Absalon

(BRUXELLES2) Les Seychelles ont refusé de prendre en charge les pirates arrêtés le 7 janvier par la frégate danoise Absalon près de la Somalie. Un responsable danois l’a confirmé à B2.

Un archipel qui ne veut pas prendre tous les pirates

Pour les Seychelles, ce refus n’est pas la marque d’un refus de s’engager dans la poursuite des pirates. Comme l’a rappelé, hier, le ministre des Affaires étrangères des Seychelles, Jean-Paul Adam, « les Seychelles ont pris leurs responsabilités dans la protection de la région de façon très sérieuse. Et nous détenons actuellement plus de 70 pirates (76 très exactement), qui représentent un large pourcentage du total des détenus dans nos prisons et sont une charge substantielle dans nos capacités judiciaires » ainsi que le relate le quotidien The Nation. « Nous saluons toutes les initiatives pour accélérer la création de prisons en Somalie selon les standards de l’ONU afin que nous puissions commencer le processus de transfert des prisonniers et leur permettre de purger leur peine en Somalie ». Il faut également que « d’autres partenaires s’engagent pour la poursuite des pirates » a-t-il expliqué. Pour les autorités des Seychelles, les pirates suspects retenus par les Danois n’entrent pas dans les critères des accords signés par l’archipel qui prévoient des critères de rattachement géographique : les suspects n’ont pas en effet été pris dans la zone économique exclusive des Seychelles, mais près des côtes somaliennes, et ils n’ont pas visé un ressortissant de l’archipel ni un de ses intérêts.

Pas de solution en vue ?

Faute de mieux, « les suspects restent détenus à bord de l’Absalon ». Le ministère des Affaires étrangères « étudie actuellement toutes les autres options » a précisé notre interlocuteur à Copenhague. De fait, trois solutions judiciaires paraissent praticables : le rapatriement au Danemark (au nom de la compétence universelle) c’est délicat ; l’Iran (Etat du pavillon du navire et des marins pris en otage) mais cela parait encore plus délicat ; la Somalie ou le Puntland en particulier (Etat d’origine des pirates) mais c’est difficile pour le Danemark sans avoir de garanties de jugement et d’emprisonnement. Si aucune solution n’est agréée, ne resterait alors que la libération pure et simple au bord des côtes somaliennes.

NB : La relève d’équipage, typique des Danois

L’Absalon faisait une halte dans l’archipel pour se réapprovisionner et opérer une relève d’équipage. Le Danemark a en effet pour principe de laisser le bateau opérationnel pour six mois mais d’effectuer une relève totale d’équipage, pratique courante dans les pays nordiques, moins dans les pays latins.  L’équipage descendant, sous les ordres du commandant Carsten Fjord Larsen, avait quitté le Danemark le 16 octobre ; l’équipage montant sous les ordres du  commandant Anders Friis restera jusqu’à avril 2012.

Lire : 2 bateaux-mères, indien et iranien, neutralisés par les forces de l’OTAN (Maj)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).