La position de la Russie sur la Syrie, l’Iran et le printemps arabe

(BRUXELLES2) La Russie paraît peu sensible, en ce moment, à certains arguments des Occidentaux sur la situation au Moyen-Orient. Et, apparemment, ce n’est pas près de changer, à écouter Dimitri Rogozine. Passé au gouvernement, comme vice-Premier ministre à l’industrie de défense, celui-ci avait tenu à faire ses adieux à la presse en tant qu’ambassadeur de l’OTAN, il y a quelques jours déjà. Une manière de redire sa position sur différents sujets. Avec un même leitmotiv : n’espérez pas de la Russie qu’elle se range, comme un petit toutou, à l’avis des Occidentaux systématiquement. Au contraire. La Russie a sa position qu’elle estime justifiée au regard du droit international. Sa lecture du printemps arabe, de ce qui passe en Syrie ou en Iran pourra apparaître peut-être cynique, impitoyable mais peut-être aussi réaliste après tout. Dans tous les cas, elle vaut un peu d’attention. Car la Russie ne paraît pas prête d’oublier la dérive libyenne de l’action menée par l’OTAN sous couvert de résolution internationale.

Des violations de droits de l’homme en Syrie ne légitiment pas l’intervention « Oui. Il n’y a aucun doute là-dessus. Il y a des preuves de graves violations de Droits de l’homme en Syrie. » souligne Rogozine. « Mais cela ne donne pas le droit d’avoir à des actions sélectives, des actions isolées. Si quelque chose se passe avec des meurtres, des viols, des tortures…des atteintes des pressions physiques contre les gens, cela ne signifie pas que la Russie doive suivre la voie (de l’intervention) en Libye. Dans une guerre civile, il n’y a pas de loi, il y a des violations des droits de l’homme. Car c’est une guerre entre frères, c’est grave. »

Pas d’action en Syrie sans enquête sur ce qui s’est passé en Libye. « Il n’y a pas de doute que tout renforcement de l’action sans l’ONU doit s’accompagner d’une enquête en Libye. On ne peut pas aller plus loin sans cela. » a-t-il répété à plusieurs reprises.

L’action de l’OTAN en Libye a dépassé le cadre de la résolution de l’ONU.  « Vous ne pouvez pas prendre part dans un conflit civil. Il y a une obligation de respecter les résolutions du Conseil de sécurité. Au lieu de cela, on a vu les forces de l’OTAN prendre parti en faveur d’une partie. Quand on dit qu’il y a une « No fly zone », c’est qu’il n’y a aucun avion qui circule. Mais quand il y a des bombardements, une campagne aérienne … », ce n’est pas respecter la résolution de l’ONU, estime-t-il.

Le printemps arabe ? « Le printemps arabe n’a pas donné la démocratie. C’est le contre-pouvoir d’islamisme et fondamentalisme qui l’a emporté. Et rien d’autre. Le résultat des élections de l’Egypte ou de la Tunisie en est la directe conséquence. Et vous avez des membres d’Al Qaida, tout près, dans la cuisine de l’Europe, qui peuvent recruter et agir.  »

L’Iran notre voisin, toute atteinte menace notre sécurité. Rogozine commence par un petit rappel géographique « Pour les Américains, l’Iran, c’est loin, un voisin de l’autre côté du globe. Pour nous, lIran, c’est notre voisin. Il est tout proche du Caucase. » Et d’avertir : « Si les Américains entreprennent une action, cela menace directement notre sécurité. C’est de la responsabilité des Etats-Unis » d’éviter cela. De façon plus générale, la Russie souhaite avec les autres pays en responsabilité atomique, « une vaste politique pour examiner comment (tous) les pays développent une industrie nucléaire civile, et éviter leur utilisation à des fins militaires. Cela concerne tout le monde. Il faut plus de contrôle sur l’exportation des armements ». Mais contrebalance-t-il aussitôt « tout pays a le droit d’avoir ce qu’il désire pour avoir une situation confortable (sous entendu une énergie nucléaire), y compris l’Iran ». « La crise de l’Iran doit être résolue par tous conjointement », conclut-il, et non pas de façon multilatérale par quelques uns.

L’Europe ? Quant à l’Europe elle doit être elle-même. « L’Europe doit être guidée par ses intérêts. Non par d’autres (sous entendu américains). (…) L’OTAN n’est pas l’URSS si je ne fais pas d’erreur. » Une manière de souligner l’emprise trop américaine, à son goût, sur l’Alliance Atlantique.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).