L’atout français : sa chaîne de commandement, rapide, réactive, unique…

J.D.-Levitte, G. Longuet, E. Guillaud (© NGV / B2 - 22 nov 2011)

(BRUXELLES2 à Paris) C’est le leitmotiv qui est revenu le plus souvent dans la bouche des intervenants à l’ouverture d’une conférence « regards sur une année d’engagements opérationnels« . Tirant les leçons des interventions en Côte d’Ivoire et en Libye essentiellement, le ministre français de la Défense qui ouvrait la réunion  a salué la « force que donnent nos institutions ».

Etre membre du conseil de sécurité demande des responsabilités

« La France tient son rang d’un des cinq membres permanents du conseil de sécurité » a expliqué Gérard Longuet, profitant de l’occasion pour expliquer combien il fallait être prudent sur l’élargissement des membres permanents du Conseil de sécurité. « Pour en être membre, il faut certaine expérience internationale et un réflexe de responsabilité, réflexe qui se diffuse très lentement ». 

L’atout français : un patron clair, une chaîne de commandement réactive 

La Constitution est aussi un atout par rapport aux armées parlementaires où « toute décision d’engagement est soumis à l’aval du parlement. C’est quand même bien lors d’une crise d’avoir un patron clair », explique le ministre. Et pan dans les dents de l’Allemagne. 

La french touch dans l’opération de l’OTAN en Libye

L’exemple libyen le prouve. Pour la Libye, « on a commencé à planifier dès février une intervention – explique le chef d’Etat-Major, l’Amiral Edouard Guillaud. Nous nous étions engagés à ce que les les premières frappes aient lieu dans les 5 minutes de la décision. Cela suppose que nos avions étaient déjà en vol depuis. Mais ils pouvaient faire demi-tour à tout moment. C’est une chaine extrêmement courte, réactive de la chaîne de commandement qui permet d’éviter de discuter du sexe des anges quand il faut agir »

La politique de la canonnière n’existe plus

Le ministre a dénié en revanche toute volonté expansionniste française. « La politique de la canonnière n’existe plus. Nous ne faisons plus croiser (avec) le Panther au large d’Agadir. C’était du temps de Guillaume II, avant 1914. L’objectif aujourd’hui est de mettre en œuvre des décisions de droit international ». Au besoin, la France provoque ces décisions. « la politique du président (Sarkozy) est très claire : obtenir une décision internationale, mais nous n’intervenons que sur une décision internationale. » Selon lui, il y a deux risques : « décider seul sans décision internationale ou obtenir des décisions sans être capable de les mettre en œuvre ».

Le retour dans le commandement de l’OTAN utile

Quant au retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, il n’a pas produit les effets redoutés estime le ministre Gérard Longuet. L’opération en Libye a montré que nous pouvions « être solidaires et continuer à prendre les initiatives qui étaient nécessaires pour apporter la plus value ajoutée sur le théâtre d’opération sans attendre qu’il y ait consensus ». 

… mais encore tout à fait au point

Pour autant tout n’est pas encore parfait. Il faut un peu d’huile dans les rouages à écouter les militaires. Parmi les leçons de la crise, pour le général Didier Castres, « On doit encore apprendre l’OTAN, placer nos officiers pour être en situation de pouvoir avoir l’influence qu’on peut. » Le Général de corps aérien Antoine Noguier, commandant de la défense aérienne et des opérations aériennes  est plus direct. Il faut éviter de refaire certaines erreurs « et entrer directement dans la chaîne de commandement. Ne pas aller avec les Britanniques puis les Américains à Ramstein pour arriver à Naples un peu trop tard, les places étant prises. »

Prêt à repartir

Ces interventions ont-elles épuisé les capacités d’intervention. Le Général de division Didier Castres, sous-chef d’Etat-Major Opérations, n’y croit. « Dès décembre, on aura reconstitué l’essentiel de nos capacités de munitions, le Charles De Gaulle aura (récupéré), il faudra encore 1-2 mois pour refaire la formation des pilotes. Dès l’année prochaine, on est capable de refaire face à une succession de crises comme cette année. »

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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