Nouvelles missions PSDC : la ligne de Cathy

(BRUXELLES2) On en avait l’intuition. Des fonctionnaires et des diplomates le confirmaient à mi-mot ou plus vertement. C’est désormais officiel, ou quasiment. Un haut responsable du service diplomatique vient de résumer aujourd’hui, devant quelques journalistes, avant le conseil des ministres de la Défense, la ligne officielle de la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. « La ligne de Cathy – a-t-il expliqué – c’est de ne pas avoir de nouvelles missions tant que nous n’aurons pas résolu les problèmes des missions actuelles, comme au Kosovo ou en Géorgie qui manquent d’effectifs ».

  • NB : Au Kosovo, la mission Eulex voit les Etats membres retirer, un par un, leurs effectifs des forces de police de maintien de l’ordre. Et en Géorgie, certains pays ont retiré quelques éléments, notamment les Français. Explication coté français : « La France a besoin de ses gendarmes ailleurs. Ce n’est pas illogique. Cette mission est toujours utile aujourd’hui. Mais nous ne sommes plus dans le même mouvement politique qu’en 2008. Si des Etats veulent prendre le relais, et qu’ils estiment la mission primordiale, qu’ils mettent un peu plus de moyens… ».

Attention à ne pas gripper la machine

Les contraintes financières justifient essentiellement cette position. Mais pas seulement. Cette ligne « officieuse » de Cathy confirme les commentaires de plusieurs diplomates autour de la table du Conseil qui avaient l’impression que les différents arguments avancés et préalables posés par le service diplomatique européen au déclenchement de nouvelles missions (Libye, Sahel…) tient davantage à cette (non) volonté. « Nous sommes actuellement dans une logique malthusienne, du type ‘la planète a plusieurs milliards d’habitants, c’est grave, arrêtons de faire des enfants’ » précise un diplomate. Il y a cependant un danger à laisser l’instrument de la PSDC au garage « Quand un jour on aura besoin de l’instrument, il y a un risque qu’on ne puisse plus faire de mission. Car tout simplement on n’aura plus l’expérience. L’important aujourd’hui est de ne pas gripper la machine ».

OpsCenter : à la recherche de l’efficacité

Même principe pour le OpsCenter – le centre de commandement des opérations militaires. Le senior officer confirme que la « Haute représentante ne veut plus discuter de ces questions idéologiques mais se concentrer sur l’efficacité ». Quid de ce qu’elle pourrait proposer en terme d’efficacité ? Notre interlocuteur n’en dira pas plus… Mystère. Il est certain que s’il n’y a pas de nouvelles missions, il n’y a pas besoin d’un OHQ renforcé.

Commentaire : La position – de recherche de l’efficacité – est justifiable en théorie, dans un beau salon, tout de nappes brodées. Mais, malheureusement, dans la réalité, c’est différent. La PesDC n’est pas fait de vases communicants. Et un moyen ne remplace pas un autre. Ce n’est donc pas en supprimant une mission qu’on aura plus de moyens ailleurs. Ce n’est pas ainsi en ne déployant pas une petite mission au Sahel, qu’on aura une frégate de plus pour Eunavfor Atalanta, ou une compagnie de CRS ou de gendarmes mobiles au Kosovo. C’est davantage une question de volonté, et de priorité politique des Etats membres. De plus, il y a en politique, et encore plus en opérations de défense, un effet majeur : celui d’entraînement. Un Etat actif en entraîne un autre plus réticent. Et ainsi se monte une mission, sans nécessairement prendre ailleurs. Un pays qui tient absolument à une mission sera d’ailleurs plus prêt à donner un coup de pouce à une autre dans une sorte de donnant donnant. Et, à l’inverse, un Etat qui a décidé pour des raisons diverses de retirer ses troupes, il le fera, mission nouvelle ou pas. La PSDC et l’Europe – on le sait bien – c’est comme le vélo, si on s’arrête, on risque de tomber. En s’en tenant à cette ligne, qui relève de la méconnaissance,  il n’y aurait jamais eu d’autres missions. Pendant des années, et encore maintenant, la mission EUPOL Afghanistan a souffert de sous-effectifs, les Etats rechignant à s’engager (et les individus également). Cela n’a pas empêché les Etats membres de s’engager, de façon parfois massive et décisive, successivement dans plusieurs missions EUMM Georgia, EUNAVFOR Atalanta, EUTM Somalia voire EULEX Kosovo, pour ne citer que celles-ci.

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