Budget « Extérieur » de l’UE : des coups de ciseaux très politiques

©NGV / B2(BRUXELLES2 à Strasbourg) Le Parlement européen a approuvé aujourd’hui en ‘plénière’ sa proposition pour le budget 2012 qui inclut un recalibrage du budget « relations extérieures » de l’Union européenne. Notamment : augmentation du budget pour la Palestine et diminution du budget pour l’Afghanistan. Lire également : Le budget de la mission Eupol Afghanistan sacrifié sur l’autel budgétaire. Un « petit fossé » le sépare de ce qu’ont voté les gouvernements. Des réunions en trilogue ont lieu et les réunions de conciliation sont prévues les 8 et 18 novembre.

Des coupes ciblées

Pour Roberto Gualtieri, le rapporteur « Affaires étrangères » de la commission du Budget, avec qui j’ai pu discuter de longues minutes, ce redimensionnement n’est pas dû au hasard mais à une prise de conscience : « nous faisons face tous à des politiques d’austérité. Si nous augmentons quelque part, il faut baisser ailleurs. C’était douloureux. Mais nous avons pris nos responsabilités. Il faut faire des choix, cerner nos priorités. » Ce sont donc des « choix très politiques » auxquels a conduit le Parlement européen, des choix qui conduisent à bien « définir nos priorités ».

Le critère : là où l’Europe a un rôle stratégique, décisionnel

« Nous avons identifié des coupes bien ciblées », explique R. Gualtieri. Le critère a été de voir où « l’UE a un rôle primordial, décisif ou de leader et où elle n’a qu’un rôle de complément ».

La Palestine appartient à la première catégorie. « Il aurait été difficile de couper le budget de plus d’un tiers à un moment décisif », alors que le Quartet, Catherine Ashton essaient de pousser pour une solution, et au moment où le Congrès (US) a déjà coupé dans le budget. D’où l’augmentation du budget de 100 millions (qui rétablit en fait la coupe faite dans la proposition).

La Géorgie et le Kosovo également font partie de cette première catégorie. Pour les missions EUMM (observation) ou Eulex (Etat de droit), il était ainsi difficile de couper car ces opérations sont « partie de la stratégie définie par l’UE » et l’Europe est en position de « leader » sur ces sujets. Le budget reste donc inchangé.

Baisser là où l’UE n’est pas en position de leader

En revanche, pour l’Afghanistan, il est incontestable que l’Union européenne n’a pas un rôle moteur. « Elle apporte un complément à une stratégie déjà existante et fixée par d’autres. (NB : une stratégie qui ne marche pas vraiment d’ailleurs). On ne peut pas en changer le cours. Tout au mieux, on peut l’accompagner ». « EUPOL Afghanistan fait un bon travail – nous le reconnaissons et nous la soutenons » disent les eurodéputés. Mais il faut faire un choix.

Le coup de sang des députés sur les mesures préparatoires

La coupe sur les mesures préparatoires (aux missions) répond à un coup de sang des députés.  Le Conseil a refusé la proposition du Parlement d’être consulté sur les futures missions de l’UE, il a juste accepté que les vues du Parlement soient « prises en compte » dans la discussion. « C’est une véritable entorse à l’accord de Madrid » estime R. Gualtieri qui est aussi le coordinateur pour les sociaux et démocrates sur les questions de défense et de sécurité. Le Parlement a donc sorti des ciseaux très politiques, en guise d’ultimatum. Tant que le PE sera réduit à la portion congrue sur les choix futurs de la politique de défense et de sécurité, il sera peu enclin à donner davantage de budget.

La coupe sur les mesures d’urgence correspond, elle, à une donnée plus technique. Dans le document de présentation du budget du SEAE, on qualifie de réserves ». Donc cela paraît moins nécessaire.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une pensée sur “Budget « Extérieur » de l’UE : des coups de ciseaux très politiques

  • 26 octobre 2011 à 22:53
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    Le Parlement européen a fait la démonstration de sa volonté de devenir un acteur politique majeur de l’Union au moment où Cathy Ashton et le SEAE font la démonstration de leur incapacité à définir une stratégie claire et à affirmer l’autonomie politique de l’Union !
    Il use de son pouvoir budgétaire à bon escient !
    Bravo à Roberto Gualtieri et aux commissions compétentes du PE pour cet acte politique responsable !

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