Défis, priorités et success story du service diplo selon O’Sullivan

(BRUXELLES2) « Dans un monde de plus en plus incertain et compétitif, nous risquons de perdre de l’influence – en tant qu’Etats individuellement comme en tant que groupe – à moins de pouvoir agir de manière plus cohérente » a averti le numéro2 du service diplomatique européen (SEAE), David O’Sullivan dans un discours prononcé à Dublin début octobre (*), destiné à faire le bilan d’un service au bout de ses premiers neuf mois d’exercice.

Ne pas céder à la tentation du repli sur soi

Dans un plaidoyer, pro domo, en faveur et d’une politique étrangère européenne et du SEAE, il a mis en garde contre toute tentation de repli sur soi. « De la Libye à l’Afghanistan, partout dans le monde, on se tourne vers l’Europe pour aider à prévenir les conflits et les crises. Et comme les Etats-Unis réduisent leur présence, cela augmente la pression sur l’Europe de porter une plus grande charge du fardeau dans le domaine de la sécurité. » Et de conclure : « Nous sommes en train de bâtir l’Eurozone sur une base plus solide. Mais l’Europe doit aussi continuer de regarder vers l’extérieur pour soutenir la paix et la prospérité. (Avec cela), nous défendons nos valeurs et nos intérêts dans le monde.

Avoir des méthodes plus intégrées de gestion de crises

« Nous avons donc besoin de méthodes de réponse de crise de l’UE plus intégrées qui mixent ensemble les capacités de gestion de crises et d’aide humanitaire ou de secours en cas de catastrophes. » souligne O’Sullivan. « (Des méthodes) à relier à la politique de sécurité et de maintien de la paix, en particulier celle de la prévention des conflits, où l’UE a développé avec succès des instruments comme les missions de la PSDC. En dernier lieu, nous voulons renforcer la capacité de l’UE dans le maintien de la paix à travers la diplomatie, les initiatives de développement et de gestion de crises. »

Priorités : l’Afghanistan et la lutte contre la piraterie

Deux zones retiennent en priorité l’attention du SEAE, explique son Directeur administratif : « l’Afghanistan et la question de la piraterie sur les côtes somaliennes, où la présence de l’UE va augmenter de façon importante en 2012. Mais notre travail ne s’arrête pas là. L’Afrique reste par exemple un axe majeur de nos efforts diplomatiques et financiers. »

L’organisation du service un grand défi

Donner du temps au SEAE avant de le critiquer

« L’établissement d’un service diplomatique commun de l’UE est un projet de long terme » plaide O’Sullivan. « Nous avons besoin de temps pour établir la confiance et des relations de travail apaisées avec les Etats membres. Ceux-ci ont un fort attachement à la politique étrangère qui est une part clé de leur souveraineté et de leur identité, tandis que pour l’UE c’est une dimension importante mais pas exclusive. Il serait profondément injuste de juger (notre travail) le succès de ce projet sur la base des neuf premiers mois de sa fonction. »

Pour le SEAE, la grande nouveauté : la préparation des Conseils

Le « plus gros changement » pour le SEAE – selon O’Sullivan – a été peut-être d’apprendre à soutenir le HR dans sa fonction de présidence du Conseil des ministres des Affaires étrangères. Un job exercé auparavant par la présidence tournante. « Nous faisons tout, de l’agenda à la tenue d’une conférence de presse à la fin. Définir l’agenda est une tâche cruciale » explique-t-il. « Nous avons tenté de définir les agendas jusqu’à mi 2012 à travers un propre processus de planification interne (suivant une procédure top down et « bottom up » en accord avec la Haute représente), un peu comme le faisaient la présidence tournante. L’agenda au final est fixé par Cathy Ashton sur la base de ses propres priorités et le conseil des Etats membres qui peuvent ajouter des points d’agenda au Coreper. C’est une phase d’apprentissage pour nous tous. Le Conseil en lui-même est préparé, bien sûr, à travers les différents groupes de travail que nous présidons également. »

Une grande partie du temps en interview

Le SEAE a reçu 8830 candidatures pour 181 postes offerts dont 66 de direction, que ce soit au siège ou dans les délégations. Environ 2/3 de ces postes ont été pourvus par des diplomates des Etats membres de façon à atteindre l’objectif d’1/3 d’ici 2013. Moi même j’ai passé la plupart de mon temps ces derniers 4 mois dans des panels d’interview. La plus grande part du travail est fait. Et il n’y a pas eu de « millenium bug », ce qui est déjà un grand résultat.

Défi : renforcer les équipes en fonction des besoins politiques

Le défi aujourd’hui selon le directeur administratif du SEAE, dans la 2e phase de mise en place qui verra le SEAE gérer son propre budget et de prendre une responsabilité efficace de la gestion du personnel, est de trouver la bonne mesure, la bonne tonalité d’un point de vue d’organisation pour être sûr d’aller dans la bonne direction. Dans plusieurs cas, il va falloir faire certains ajustements pour s’assurer que nos ressources humaines sont en adéquation avec l’évolution de nos besoins politiques. Nous avons déjà anticipé certains changements au siège en renforçant le département Moyen Orient et Afrique du Nord qui doit coordonner notre réponse pour le printemps arabe. Mais l’objectif ultime, bien sûr, est d’être efficace sur nos priorités politiques.

Six success stories

Quoi qu’il soit, le directeur dresse six domaines de « success stories » pour le SEAE.

  • les Balkans : « où nous avons aidé à maintenir la stabilité, diminuer la tension et pousser un agenda pro-européen. Nos efforts diplomatiques ont permis de faciliter le dialogue entre la Serbie et le Kosovo, de promouvoir la stabilité en Bosnie-Herzégovine. » Idem au Kosovo. « Avec la mission EULEX nous avons aider à exercer la justice et sommes des fournisseurs de stabilité. »
  • La politique du voisinage : « nous avons rapidement redéployé les financements de l’UE pour soutenir la démocratie autant que l’économie et le développement »
  • La réponse de crises : « spécialement à Haïti et dans le voisinage du sud, l’UE a agi de manière plus conjointe et a été pour la première fois reconnue comme le seul coordinateur de toutes les activités ».
  • La lutte contre la piraterie : « à travers une série d’actions au large des côtes somaliennes et à terre, l’UE a aidé à sécuriser les lignes commerciales maritimes contre la piraterie qui constitue une menace à la sécurité en Afrique australe et orientale, à la fourniture de l’aide (humanitaire) et au commerce naval. »
  • • Le processus de paix au Moyen Orient : « L’UE a développé un nouveau rôle plus central, nous ne sommes pas seulement un payeur mais aussi définitivement aussi un acteur. Les autres regardent étroitement ce que nous faisons et veulent suivre notre approche. Cela représente un changement radical. Nous continuons aussi de soutenir le processus de construction de l’Etat (state-building) des Palestiniens. »
  • • L’ONU : l’adoption de la résolution à l’assemblée générale des Nations-Unies le 3 mai est aussi un succès pour l’UE. Cela donne à l’UE la possibilité de jouer un rôle plus global aux Nations-Unies, pour présenter nos positions formelles.
  • NB : dans tout bilan dressé, il y a la reprise de l’actif précédent et on enjolive un peu. C’est le travail du « Politique ». Mais il aurait été plus juste de dire que la mission Eulex Kosovo comme la mission de lutte contre la piraterie Eunavfor n’ont pas été l’oeuvre du SEAE mais préexistaient à celui-ci. Ceci est un succès pour l’UE tout comme l’est la politique de stabilisation menée depuis quelques années dans les Balkans. Concernant la réponse de crises, honnêtement, la plus-value du SEAE existe sans doute au plan interne (au niveau de l’administration) mais il est difficile de la voir au plan externe (au niveau du public) ; la réponse humanitaire de l’UE à travers ECHO existe déjà depuis des années et a trouvé son rythme de croisière ; la solidarité consulaire s’est renforcée au fil des ans. Sur le plan sécuritaire, l’opération EUFOR Libya est un échec notable et n’a de valeur que celle d’un « exercice » et c’est l’OTAN et les Etats individuellement qui ont mené la « danse ». Ceci dit, au bilan du SEAE en 9 mois, on peut dégager deux succès indéniables : dans les Balkans et à l’ONU. Au Moyen-Orient, je dois être trop peu connaisseur du sujet 🙂 pour distinguer le résultat dont parle D. O’Sullivan. Mais peut-être cela viendra…

(*) Document original disponible dans les « docs de B2« . Discours prononcé en anglais. La traduction ci-dessus est donc personnelle. L’anglais devenant la langue quasi-exclusive du SEAE, il ne faut pas s’attendre à une traduction ; l’habitude étant en passe de devenir un usage, avant de devenir la règle.