Un couple de plaisanciers français disparu au large du Yemen. Acte de piraterie ? (maj3)

(crédit : lesroulbaraka2010)

(BRUXELLES2) C’est un SOS lancé par radio – jeudi (8 septembre) – qui a lancé l’alerte. Le voilier français « Tribal Kat » se trouvait alors à environ 120 milles des côtes yemenites. Mais quand les marins du FS Bayern – la frégate allemande qui fait partie de la force européenne anti-piraterie Eunavfor Atalanta – localisent le navire et arrivent sur place vendredi (9 septembre) au petit matin, il n’y a plus personne. « L’inspection du navire plus personne n’était à bord. La destination de ses occupants était inconnue jusqu’à présent » confirme-t-on au QG d’Atalanta à Londres. Une disparition plutôt inquiétante qui fait immédiatement penser à une attaque des pirates somaliens.

Circonstances confuses

Les circonstances sont tout d’abord assez confuses : on parle de 4 personnes à bord puis de 2 seulement. Du coté des gardes-côtes yemenites, on évoque, en fait, deux bateaux français partis d’Aden, l’un avec un couple, l’autre avec 4 passagers. Le couple aurait quitté le port d’Aden le 4 septembre après une visite de la ville d’Aden qui a commencé le 19 août (*). Il serait formé d’un ancien de la Royale et de sa femme, C. et E. Colombo, originaires du Var, qui avait décidé de tout quitter en novembre 2008 pour faire le tour du monde, comme le précisent nos confrères de France-Info : d’abord les Caraïbes et Panama, puis la mer rouge ; ils voguaient vers la Malaisie.

Les premiers éléments de l’enquête – révélés par le quotidien « Le Parisien » – parle « de traces de sang et des impacts de balles » retrouvés à bord. Ce qui pourrait sous-entendre une prise d’otages. « Le voilier va être remorqué jusqu’à Djibouti pour être examiné par les experts de la DGSE » précise le quotidien. Des circonstances plutôt inquiétantes et qui laissent(aient) craindre le pire. Mais, côté yéménite, on se voulait rassurant. Le responsable adjoint des gardes-côtes yemenites, le colonel Abdul-Rahman Musa, précisait ainsi (vendredi) que « le couple avait pu être sauvé par un navire militaire des forces amies. Le voilier avait souffert d’un problème technique » (**).

Une attaque pirates probable

Vu la zone, on ne peut qu’immédiatement penser à une attaque des pirates somaliens, qui éclusent les côtes entre Somalie et Oman, ainsi que l’a montré la dernière intervention de la marine d’Oman. Echaudés par les dernières opérations avec des voiliers (le Français Tanit, l’Américain SY Quest…), trop lents à remorquer et surtout très repérables, les pirates ont pu changer de tactique et préféré prendre ce qui a le plus de « valeur marchande » : les personnes.

Attaque confirmée coté militaire mais fausses rumeurs de libération

Selon des sources maritimes militaires, obtenues par B2, on confirme qu’un voilier a bien été piraté jeudi 8 septembre dans la zone concernée, à 15°Nord et 52° Est. L’alerte ayant été donnée vers 19h00 le soir. Mais coté français, on se refuse à confirmer de façon officielle cet acte de piraterie tout comme un éventuel sauvetage (**). « Nous vérifions. Tant que nous n’avons pas de confirmation ni de revendication, on ne peut confirmer ce fait » explique un responsable français. Au quai d’Orsay, on reste aussi très circonspect sur l’annonce relayée par la presse samedi : d’un sauvetage réussi : « Nous devons vérifier que le couple retrouvé est bien le couple disparu ».

Coté QG Atalanta, on se refuse à confirmer que des marins auraient été récupérés par un navire de l’opération. Au contraire… A l’Etat-Major français, on reste aussi sur le qui-vive, « L‘affaire est suivie avec attention. Nous avons pris des mesures de précaution ». On reste discret sur la nature des mesures prises. Mais on peut penser que plusieurs des navires engagés dans le secteur, comme le Surcouf, ou d’autres troupes basées notamment à Djibouti, sont mis en alerte. L’objectif étant alors de mettre la main sur d’éventuels ravisseurs avant qu’ils n’atteignent les côtes somaliennes.

Un membre de l’équipage récupéré sain et sauf samedi

(Maj. Sam 20h30 et 21h30) C’est chose faite au moins pour un des membres de l’équipage. Lire : Un membre de l’équipage du Tribal Kat récupéré sain et sauf samedi

(*) Le Yemen n’étant pas vraiment le lieu idéal pour faire du tourisme en cette période de troubles.

(**) (Maj Sam. 19h et 20h) En fait, les gardes-côtes yémenites se sont basés sur la récupération du navire pour annoncer que le couple était sain et sauf. Cette information de l’agence yéménite Sabanews a été ensuite reprise en boucle, sans vérification, par la presse (AFP, Parisien, France24…) et souvent datée non pas de vendredi comme à l’origine mais de samedi. Ce qui a introduit quelque confusion y compris dans les rangs officiels. Ceux-ci restaient d’autant plus discrets que plusieurs opérations de récupération étaient en cours. Il a fallu plusieurs heures pour que la réalité soit rétablie. Il n’y a pas eu de couple retrouvé, du moins dans l’immédiat, comme l’ont dit les yéménites. Fausse bonne nouvelle donc. Mais une vraie bonne nouvelle est arrivée en fait dans la soirée, confirmée par le QG européen anti-piraterie.

Lire également : Intervention musclée de la marine d’Oman

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).