La Libye est à un tournant critique (K. Georgieva)

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(BRUXELLES2, exclusif) Avant l’ouverture de la conférence sur la Libye, Katalina Georgieva, la commissaire européenne à l’aide humanitaire, a accordé un entretien à B2 et une collègue de la radio espagnole, pour faire le point sur la situation humanitaire du pays

Comment voyez-vous la conférence  qui se déroule aujourd’hui à Paris ?

C’est un pas important, surtout pour les Libyens, pour la réintégration d’une Libye nouvelle dans le monde. (…) Le pays est à un tournant critique de son histoire. Il y a de bonnes chances que le régime ancien s’en aille. Maintenant tout dépend de l’évolution de la situation à Syrte. Mais commence aussi un travail difficile. La Libye est loin de ce que le monde attend. Le défi de la reconstruction commence. Cette réunion doit être l’occasion de pouvoir démarrer ce dialogue entre Libyens. Ce n’est pas une habitude pour cette société de travailler ensemble.

La reconstruction prendra du temps

Oui. Plus que la reconstruction physique, le redémarrage des services essentiels, ce qui est aussi important est la reconstruction des institutions. Ou plutôt la construction de structures démocratiques. Car ces dernières années, le pays s’est développé de manière essentiellement étrange, sans vote sans démocratie. Et construire prendra du temps. Nous avons connu cela en Europe de l’est. On peut comparer avec l’Europe de l’est. Entre le moment où nous avons gagné et que çà devienne une réalité, c’est un moment difficile.

Dans l’immédiat, comment vous voyez la situation d’un point de vue humanitaire ?

La situation n’est pas catastrophique par rapport à ce qui aurait pu être. Maintenant, à Tripoli cela reste difficile. L’approvisionnement en produits médicaux est insuffisant. Il manque aussi du personnel médical : s’il y a un certain nombre de docteurs dans les hôpitaux, il manque d’infirmiers(e) (poste traditionnellement occupé par des exaptriés). L’approvisionnement en eau manque également. Des ingénieurs libyens essaient de réparer les canalisations qui ont été détruits par les troupes de Kadhafi, mais la sécurité continue de poser un problème notamment autour de Syrte. L’autre problème au niveau humanitaire est la question des munitions non explosées dans de nombreux endroits. La protection des civils, contre l’animosité, des deux côtés est aussi une préoccupation notamment pour ce qui concerne les populations subsahariennes (d’Afrique noire).

Nous demandons à l’Organisation des migrations internationales (OMI)
d’être un peu plus proactifs

Que peut-on faire plus pour ces populations africaines en Libye qu’on accuse d’avoir pris fait et cause pour le régime Kadhafi ?

C’est un problème dramatique. Nous travaillons pour que ceux qui veulent quitter le pays puissent le faire. Et que revenus au pays, par exemple au Tchad, ne se retrouvent pas sans rien. Il y a plusieurs situations. Certains ne veulent pas partir , ils espèrent que tout rentrera dans l’ordre rapidement ou n’ont pas vraiment de travail au pays et préfèrent rester. Il y a ceux qui veulent partir, mais certains ont des papiers, d’autres n’en ont pas. Pour ceux-là se pose un réel problème (Car ils ne peuvent être évacués par l’OMI).

Que demandez-vous à l’OMI alors ?

Nous demandons à l’Organisation des migrations internationales (OMI) d’être un peu plus proactifs, un peu plus souples. On ne veut pas que l’OMI se lave les mains et fasse le tri entre ceux qui ont des papiers et ceux qui ne l’ont pas.

Vous avez dit que la reconstruction serait longue. Que peut faire l’Europe maintenant en Libye?

Il faut justement se poser la question : quelle est la meilleure contribution qu’on puisse faire ? Nous avons des possibilités d’interventions de la protection civile, un soutien à la police ou à l’ordre public. Nous pouvons aussi aider à la la construction de structures démocratiques. Mais c’est d’abord au CNT, aux Libyens de décider ce qu’ils veulent faire. C’est important. Cette réunion aujourd’hui est

Et une intervention sous forme de force de maintien de la paix ?

La communauté internationale doit être prête à offrir tout ce qui doit être nécessaire pour la stabilité. Car sans sécurité il n’y aura pas développement. Mais c’est au CNT de décider. Il faut faire l’équilibre entre ce qu’apporte la présence étrangère, en termes de force tierce, et ce qu’elle peut empêcher également en termes d’appropriation par les autorités locales. 

On sait que les travailleurs expatriés sont importants pour le redémarrage de la Libye, lancez-vous un appel pour qu’ils reviennent ?

Les conditions de sécurité restent dures. Mais pour opérations essentielles, il y a déjà des conditions pour apporter étrangers. Au dernier stade (des évacuations), on a encouragé à ceux qui être rerapatriés se signalent. Mais ce n’est pas maintenant prêt pour un grand nombre de retours.