(BRUXELLES2, commentaire) Ces dernières semaines, on a pu assister à de nombreuses sorties des socialistes français sur l’engagement militaire en Afghanistan. La première secrétaire, et candidate à la primaire, Martine Aubry a résumé cette opinion impliquant un retrait rapide (sur Europe1 le 16 août) : « la solution militaire n’existe pas aujourd’hui en Afghanistan. (…) Il faut se retirer militairement, (…) il faut le faire rapidement puisque cette action ne sert à rien aujourd’hui ». Même si elle reconnait la nécessité d’une certaine présence « Il faut continuer à travailler pour une solution politique en Afghanistan, pour formaliser une aide à l’armée, à l’administration, pour aider les Afghans qui aujourd’hui considèrent que nos troupes sont des troupes d’occupation ». Son concurrent, François Hollande avait été plus précis en juillet (sur France3 le 12 juillet) promettant s’il était élu « un retrait des troupes françaises d’Afghanistan dans un délai maximal de 12 mois. (…) En mai 2013, il n’y aura (donc) plus un seul soldat français en Afghanistan ».

L’effet campagne

Une prise de parole qui parait d’autant plus forte que se rapproche le démarrage de la campagne présidentielle et que s’égrènent les pertes sur le terrain et qu’elle survient après une longue période d’abstinence sur cette question. En effet, malgré quelques prises de parole individuelles, tels Paul Quilès, le PS français était resté bien silencieux jusqu’ici sur l’Afghanistan. Il a fallu ainsi attendre juin dernier pour avoir une première opinion officielle. Alors que cela fait cependant plusieurs mois, ou plusieurs années, que des responsables socio-démocrates néerlandais, tchèques, finlandais… s’interrogent sur la nature de l’engagement international dans cette région du monde et la nécessité de le conserver.

L’effet campagne est donc indéniable dans ces soudaines prises de position des ténors du PS sur l’Afghanistan. Mais l’exercice démocratique est, après tout, aussi là – on l’oublie souvent – pour se positionner sur toutes les questions stratégiques (intérieures, extérieures, économie, sécurité…). Et on ne pourra que se réjouir qu’un des principaux partis français se saisisse enfin de cette question comme il devrait aussi se saisir des autres questions de défense européenne, de sécurité plus généralement.

La défense et la sécurité n’est plus un sujet pour le PS

Cet attentisme du PS ne concerne pas seulement l’engagement en l’Afghanistan. Il est plus général et concerne toutes les questions de défense et de sécurité. Le parti ne dispose plus d’un “chef de file” identifié comme pouvaient l’être dans le passé (chacun à leur manière) un Hernu ou un Chévènement. Seuls quelques uns comme Alain Richard, Paul Quilès ou Louis Gautier (l’ancien conseiller Défense de Lionel Jospin) – aidés de quelques autres dans l’ombre – se penchent sur ces questions. Ils animeront ainsi à l’université d’été de la Rochelle, un atelier est consacré à “une autre feuille de route de la défense“. Mais ils sont un peu isolés. De fait, les socialistes ont, jusqu’à présent, délaissé la matière laissant le champ libre au gouvernement et à l’UMP, voire au centre, qui dispose de nombreux spécialistes et de réflexions sur le domaine.

Dangereux le retrait rapide ?

Le retrait qu’ils préconisent est-il trop rapide, et dangereux, ainsi que l’écrivent certains commentaires ? Je ne le pense pas. Au contraire.

Si on sort de la loupe afghane et qu’on le resitue dans un contexte mondial en évolution rapide, il existe de nombreux foyers qui naissent (ou renaissent) qui nécessitent autant d’attention. La Côte d’Ivoire hier, la Libye aujourd’hui, la Somalie, le Yemen, Proche orient voire le Congo demain (ou d’autres pays)… La France – comme les pays occidentaux – ne peuvent plus se permettre d’avoir une majeure partie de leurs forces immobilisées dans un seul pays dont l’intérêt stratégique n’est sans doute pas supérieur aux pays cités…

Ensuite quand on dit retrait rapide… rapide ne signifie pas automatiquement désordonné et subi – ce serait la pire des choses – et retrait ne signifie pas départ total du pays. Il restera encore de nombreux corps de troupes, civils ou militaires, chargés d’assister l’autorité afghane, de façon discrète. Mais il s’agit de réduire la voilure, de ne plus désigner l’étranger comme un ennemi ou une cible potentielle. En quelque sorte, le modèle d’intervention … à la Libyenne

Ce faisant, les dirigeants socialistes devraient être un peu plus responsables et éviter à chaque nouveau mort d’un soldat français d’estimer qu’elle justifie plus que jamais leur position politique. Car ce type de déclaration ne fait que renforcer la pression sur les soldats français. Et ce n’est pas l’aggravation de la situation sur le terrain qui justifie le retrait (au contraire presque), ce sont tout un ensemble de considérations, politique, stratégique et économique.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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