Pas de QG militaire européen : un échec personnel pour Cathy Ashton (Maj)

Alain Juppé et William Hague au début du Conseil des ministres (crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Les discussions sur l’idée d’un QG militaire européen ont achoppé, lundi (18 juillet) au Conseil des ministres des Affaires étrangères, sur le veto britannique. Pour qui lit ce blog, ce n’est pas une surprise (*). Et le ministre britannique, William Hague, n’a laissé planer aucun doute sur la marge de négociation. Il a répété que « ce gouvernement comme les gouvernements précédents (et les gouvernements futurs) n’acceptait pas et n’accepterait jamais cette idée ». Puis il a répété les arguments britanniques traditionnels : risque de duplication avec les structures de l’OTAN, coût supérieur aux structures existantes, l’amélioration des structures peut suffire.

L’isolement britannique

Mais William Hague s’est retrouvé plutôt isolé autour de la table du Conseil. Les Etats membres étaient tous d’accord sur l’intérêt de ce projet, même si certains (comme l’Irlande qui reste toujours très prudente sur les avancées militaires de l’UE ou la Lituanie) ont tenu à exprimer certaines nuances. Cette quasi-unanimité, sur ce sujet aussi délicat, témoigne d’une nette évolution depuis le « sommet des Pralines » où France, Allemagne, Belgique et Luxembourg étaient plutôt seuls à proposer cette option d’un QG européen face au clan des « Irakiens » (pays qui défendaient l’intervention en Irak).

La Haute représentante n’a cependant pas profité de ce rapport de force qui jouait en sa faveur et a tout de suite préféré présenter une proposition de compromis. Cette proposition équivalait à une revue à la baisse de ses ambitions, puisqu’on ne faisait plus référence aux « options du rapport » mais seulement à des options possibles. Une petite correction, apparemment anodine, qui signifiait en fait un véritable retour en arrière, un vrai déculottage puisqu’il revenait à supprimer le mandat que lui aurait donné le Conseil pour travailler une des deux options présentées (**).

Un couple franco-allemand reconstitué

Cette proposition n’a d’ailleurs pas vraiment été accueillie au Conseil. Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, ayant dû s’absenter, c’est son homologue Allemand Guido Westerwelle qui a défendu la position des « Weimar » (Allemagne, France, Pologne) et a refusé la nouvelle formulation. « Cela ne me va pas, ni à Alain. » a-t-il expliqué. « Ce n’est pas ce que nos concitoyens veulent. Nous avons besoin d’un QG européen. Nous voulons mentionner les options du rapport. » a-t-il mentionné en substance selon les propos qui ont rapporté à ‘B2’.

Plusieurs ministres autour de la table ont approuvé. « La discussion a été difficile », a reconnu à la fin de la réunion, le ministre polonais Radoslaw Sikorski, selon mes collègues polonais. Mais « la vaste majorité des pays estiment que nous devons continuer à travailler sur la base du rapport, en étudiant dans le détail les possibilités offertes, en tenant compte bien évidemment des coûts ». Mais la Haute représentante a préféré tiré le constat de « l’absence d’un accord sur les conclusions. Tant pis nous ne ferons pas de conclusions sur le sujet » a-t-elle expliqué, apparemment pressée de passer à autre chose et d’enterrer son propre rapport.

l'équipe diplomatique française en pleine réflexion (Ph Etienne, Al Juppé, Jl Falconi) (crédit : Conseil de l'UE)

Un enterrement de première classe dont ne veulent pas les pays membres du triangle de Weimar.  A l’issue de la réunion, ils ont publié un communiqué (*) dans lequel ils rappellent notamment que : « Le rapport de la Haute Représentante reste sur la table. Nos trois pays souhaitent qu’elle poursuive le travail sur cette base, avec les Etats membres ». De façon plus générale, soulignent-ils, « l’Allemagne, la France et la Pologne souhaitent une relance de l’Europe de la défense, toujours plus nécessaire dans un contexte marqué par la multiplication des crises, la limitation des moyens nationaux et les attentes croissantes à l’égard de l’Union européenne. »

Une défaite personnelle pour la Haute représentante

Face à un veto prévu et prévisible, la Haute représentante n’a rien fait ni pour l’amadouer ni pour le contourner. Devant la presse, elle a même caché les véritables rapports de force et a préféré présenté la position britannique comme une fatalité historique contre laquelle on ne peut rien faire. « L’unanimité est de règle dans ce domaine » a-t-elle expliqué pour se justifier. Ce qui est une erreur à la fois politique et juridique (le Traité de Lisbonne donnant des possibilités qui n’existaient pas dans le passé).

En l’occurrence, Catherine Ashton s’est donc davantage comportée comme un fidèle « toutou » des intérêts britanniques que comme une Haute représentante, indépendante, appliquant les Traités européens. Elle a également loupé une occasion personnelle de prouver sa capacité. Dommage ! Elle avait, là, l’occasion rêvée de démontrer ce que nombre de personnalités lui reprochent : son manque d’audace, son défaut d’appétence pour les questions de sécurité et de défense, son tropisme britannique, son talent à préférer sa carrière personnelle de l’autre coté de la Manche plutôt que l’intérêt général de tout un continent, etc.

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