Pooling and sharing : faut-il un eurogroupe des budgets de défense ?

(BRUXELLES2 à Paris) Le pooling and sharing n’est pas une option mais une obligation comme l’a rappelé l’organisateur du séminaire organisé à Paris dans le cadre des « rencontres de Weimar ».

Un défi sans alternative

« L’ère de la défense gratuite ou par délégation est terminée. L’Europe doit assurer sa propre sécurité. C’est clair. C’est un défi sans alternative. » D’autant que des menaces subsistent, voire réapparaissent. « L’illusion de l’absence de menaces à nos frontières née de l’après guerre froide s’efface et l’existence d’une menace paraît de moins en moins improbable » a constaté Michel Miraillet de la Direction des affaires stratégiques du ministère (français) de la Défense. Il faut donc inventer de nouveaux instruments, de nouveaux réflexes pour faciliter la coopération entre les Etats membres.

L’époque de la dépense à gogo, c’est fini

Les budgets de défense ont, en effet, reculé de 45 milliards d’euros ces deux dernières années. L’Allemagne est contrainte à une économie de 8,3 milliards d’euros et une diminution d’effectifs de 40% d’ici 2014. Le Royaume-Uni diminue son budget de 8% sur quatre ans et une diminution d’effectifs de 40.000 personnes. La France doit économiser 3,5 milliards pour 2010 et 54.000 personnes en moins d’ici 2014. Ce sont les budgets de recherche et technologie qui ont le plus souffert. Ils ont diminué de 200 millions d’euros et atteignent aujourd’hui 2,3 milliards d’euros au sein de l’Union européenne. Ils ont diminué de 4 fois plus que l’ensemble des budgets de défense. « On hypothèque ainsi notre avenir en matière de recherche et technologie. Bientôt, on sera condamnés à acheter du Made In China » estime un participant au séminaire. 

Objectif majeur : éviter la perte d’un savoir-faire

Le pooling and sharing, c’est donc d’abord l’occasion de sérieuses économies. Selon Nick Whitney (ex chef de l’agence européenne de défense et chercheur à l’ECFR), le coût de la non-coopération représente « entre 15% à 30% des budgets ». Contrairement aux idées reçues, c’est aussi le seul moyen d’éviter la perte d’un savoir faire. « A force de ne pas coopérer, les nations européennes ont déjà perdu des pans entiers de leur capacité (transport stratégique, ravitaillement en vol, surveillance…). » explique un des participants au séminaire. « C’est un formidable levier pour le maintien de capacités nationales » L’exemple récent souvent cité lors de ce séminaire est celui de la Royal Navy qui en envoyant ses pilotes « marine » sur le porte-avion Charles de Gaulle, en attendant la disponibilité de son porte-avions… en 2020, permet de sauvegarder toute une fonction. Mais on a pu aussi entendre le récit des expériences grecques (menées en commun avec l’Albanie, la Bulgarie, la Macédoine/Fyrom, la Croatie et la Hongrie) ou italiennes en matière de soutien médical. Enfin, au plan industriel, on sait que les seuls marchés nationaux « ne suffisent pas d’autant plus que les cloisonnements et les obstacles persistent à l’intérieur des Etats et entre eux ». Malgré tout, il reste des obstacles. Et les Etats ne coopèrent toujours pas vraiment entre eux. « Seules 20% des dépenses de défense des Etats membres sont aujourd’hui réalisées en coopération. »

La souveraineté, habile prétexte au refus de la coopération

Des blocages importants subsistent néanmoins pour partager ou mutualiser les capacités  : des obstacles normatifs – normes de maintenance, d’entrainement -, réglementaires – comme les clearances diplomatiques ou les caveats – ou culturels – certains militaires refusent de se faire soigner en opération par un médecin d’une autre nationalité ! Si les capacités d’engagement ou de combat continuent souvent d’être perçues « comme difficilement partageables ou mutualisables », au nom de la souveraineté nationale, perçue dans nombre de pays comme une « ligne rouge », c’est aussi le cas de nombreux autres domaines où l’impact de la souveraineté est relativement limité comme la formation, l’entraînement, la logistique. Dans tout cela, avouons-le. « Le prétexte de la spécificité militaire – souvent élégamment habillé derrière l’argument de la souveraineté – est trop souvent un artifice prêt pour préserver des rentes de situation ».

Vers un eurogroupe des budgets de défense et une conférence de génération de forces

Les participants au séminaire ont développé une série d’idées qu’on peut résumer ainsi :

  • Soutenir le développement de coopérations à géométrie variable sur une base géographique (groupe de Visegrad, Etats baltes) ou/et thématiques (EATC, surveillance maritime, soutien médical…) ;
  • Favoriser une concertation politique à haut niveau « méthodique et régulière » sur l’évolution des budgets de défense » afin d’éviter l’émergence de trous capacitaires européens, genre un « Eurogroupe des budgets de défense » ;
  • Lancer un appel à contribution avec organisation d’une conférence de génération de forces à l’automne ;
  • Développer la fonction « conseil » au sein de l’Agence européenne de défense et accélérer le travail sur les facilitateurs de coopération ;
  • Rédiger un code de bonne conduite permettant « d’identifier les bonnes pratiques », sans incidences financières.