Une France anti-européenne ? Un problème situé… à l’Elysée ?

A l’Elysée… en 2008 (crédit : NGV)

(BRUXELLES2, opinion) La France serait-elle devenue plus britannique dans son approche de la PesDC que par le passé ? On peut se poser vraiment la question. Depuis la fin de la présidence française de l’UE, la réintégration de l’OTAN et l’accord franco-britannique, la volonté française de promouvoir l’Europe de la défense, de rechercher des alliés, de chercher des solutions pragmatiques pour développer la PeSDC a vacillé.

Ce n’est pas vraiment faute de responsables compétents et déterminés à la promouvoir au sein des ministères des affaires étrangères ou de la Défense. Mais il est un fait, les partenaires européens ne rencontrent plus de répondant du côté de l’hexagone. On peut le vérifier dans les différentes rencontres et séminaires organisées ainsi que dans les débats plus politiques au sein de l’UE. La volonté politique n’y est plus. Et, dans cette absence de volonté, il est inutile de chercher des explications rationnelles (comme la crise financière) ou de trouver un coupable dans les institutions européennes, elle se niche à un endroit bien stratégique du système de commandement français, au plus haut niveau de l’Etat : l’Elysée.

La pratique des noyaux durs plutôt que le multilatéralisme

La tendance du président Sarkozy – et de son entourage – se trouve en effet depuis les débuts – quand il était ministre de l’intérieur déjà – dans la recherche de dialogue entre les grands pays – un mélange d’approche intergouvernementale et de recherche de noyau dur optimal – plutôt que dans une approche multilatérale et communautaire. Une approche pas spécifique à la défense (*), la France préfère désormais les approches à 2, 3 ou 4 pays quitte à s’opposer frontalement à l’exécutif communautaire.

En matière de défense, il faut ajouter un autre facteur. Le souci de se rapprocher de Washington et de Londres, d’apaiser les relations avec les Usa et le Royaume-Uni. Résultat : la promesse faite au sommet de l’Alliance atlantique à Strasbourg, d’une présence plus affirmée dans l’OTAN qui permettrait de renforcer la position de la France et de relancer la défense européenne ou l’Europe de la Défense n’a pas produit, trois ans, après les effets escomptés.

Le bilan de la réintégration dans l’OTAN reste à faire

Certes au niveau militaire, la réintégration dans le comité militaire de l’OTAN et l’arrivée de 8 à 900 militaires français dans les différents comités de planification change la donne. Mais pas encore la culture de l’alliance. Celle-ci reste en grande majorité anglo-saxonne. Et il faudra encore de longues années – et encore – pour qu’un changement se produise. Quant au poids de la France dans l’Alliance, ou en Europe, l’affaire de la Libye a montré que le résultat n’était pour l’instant pas à la hauteur des ambitions.

Certes au point de vue politique, la France n’est plus perçue comme menant une politique anti-Otan. Un résultat crédible et vérifiable auprès de plusieurs de nos partenaires, notamment en Europe de l’Est. Mais c’est tout. Cet avantage n’a pas été mis à profit pour développer et booster l’Europe de la Défense. Au contraire… L’accord franco-britannique a été perçu comme une entorse au principe de négociation collective.

Résultat : la France, aujourd’hui, n’est plus perçu comme un allié sûr et entraînant pour la politique de défense. Et la PSDC est en panne, tout simplement car il n’y a plus de moteur.

(*) Une France anti-européenne. Le titre pourra choquer. Mais c’est effectivement la position ressentie non seulement en matière de défense. Sur le budget européen, sur la zone Schengen, Paris affiche une position qui n’est pas celle qu’elle a classiquement défendue dans les 30 dernières années.