Retrait d’Afghanistan : Obama et moi

(BRUXELLES2, sommet européen) Répondant aux questions des journalistes sur l’Afghanistan, le président français Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse que de convaincre que la décision française qui a suivi les Américains était une décision concertée avec son homologue américain, « mûrement réfléchie, parfaitement organisée ». «  Nous sommes des alliés, Obama et moi on en parle (…) Avec Obama, nous avons fait la même analyse : la mort de Ben Laden, le transfert aux autorités afghanes qui fonctionne bien, la situation sécuritaire qui s’améliore…. Il fallait en tirer conséquences et ramener à la maison un certain nombre de soldats. Nous avons ainsi décidé ensemble et en toute transparence. » Et d’ajouter : « D’ici la fin de l’année un certain nombre de soldats rentreront en France. Il s’agira ensuite décider du retrait définitif, 2014.

La taille du retrait : un quart de soldats retirés

Selon un proche de l’Elysée, qui a répondu à une question de B2, le retrait sera dans la même proportion que le retrait américain, c’est-à-dire, atteindre environ un quart de l’effectif présent (soit 1000 soldats). Le président a été plus prudent et parlé de quelques centaines se refusant à chiffrer exactement le montant ni le timing. Le chiffre de 1000 soldats pourrait ainsi être étalé entre l’été 2011 et l’été 2012.

Au passage, Sarkozy (avec une légère mauvaise foi) n’a pas hésité à mettre en cause ses prédécesseurs (NB : Chirac, Jospin et Villepin) « Ce n’est pas moi qui ai décidé d’envoyer des troupes en Afghanistan il y a dix ans. Ceux qui critiquent aujourd’hui auraient pu soit de ne pas les envoyer, soit décider de les ramener ».

Commentaire : l’insistance du président français sur la concertation avec le président Obama (à plusieurs reprises, on voit citer « Obama et moi »… « Nous… ») ne cache pas cependant que la décision américaine n’a pas été vraiment concertée avec les alliés. Quant à l’argumentaire sur l’engagement des troupes en Afghanistan paraît un peu léger et contradictoire. Car entre 2001 ou 2004 et 2010 ou 2011, certaines circonstances ont changé.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Une pensée sur “Retrait d’Afghanistan : Obama et moi

  • 24 juin 2011 à 22:38
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    et Nicolas Sarkozy de re-mentir.
    La décision n’a pas été concertée, et tout le monde le sait. Quand il s’est agit de remplacer le général commandant l’ISAF, force de l’OTAN, ni le conseil de l’OTAN, ni aucune de ses instance, ni aucun allié, ni aucun représentant sur place n’a été ne serait-ce que consulté. La nouvelle a été annoncée par un communiqué de la Maison Blanche, point.
    L’affichage « Obama et moi », version jogging autour du Potomac, n’a comme unique but que de faire grandir la perception d’une « special relationship » entre la France et les USA, au mérite de NS. Ce qui n’existe juste absolument pas.

    Par ailleurs, si NS n’a pas décidé l’engagement du premier soldat français, il faut bien préciser une chose. En mai 2007, à son arrivée au pouvoir, il y a 1000 soldats français en Afghanistan. Aujourd’hui, il y en a plus de 4000.

    Après le mensonge sur le volume total de l’engagement depuis plus d’un an, voila toute une série de nouveaux mensonges qui nous viennent de la présidence même.

    Étrangement, les adresses des grands commandants de nos armées font en ce moment de plus en plus mention d’une chose pourtant évidente : le rappel du principe d’obéissance des armées au pouvoir politique. Ces responsables, certainement bien informés, ont dû faire ces rappels pour une bonne raison.

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