Préparer l’après-Kadhafi, le job de l’Union européenne

Déploiement du contingent polonais d'EUFOR au Tchad (crédit : armée polonaise)

(BRUXELLES2, sommet européen) Entre les problèmes de la Grèce, des dettes publiques et des divers plans d’austérité à mettre en place, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement devraient trouver le temps du déjeuner, vendredi, pour se consacrer à la situation internationale. Les 27 – en compagnie de Catherine Ashton (Haut représentant) et José-Manuel Barroso (Commission européenne) – devraient ainsi se consacrer surtout sur le sud-Méditerranéen, la situation en Libye et la Syrie.

Se préparer à l’après-Kadhafi : nécessité politique et stratégique

Il faut se préparer à prendre en main l’après-Kadhafi. La gestion de la Libye dans cette période est « primordiale » estime-t-on coté européen. Et il appartient à l’Union européenne de s’y pencher dès maintenant pour éviter d’être pris par surprise. Car la manière dont la Libye sortira du conflit pourra influencer durablement le reste du monde arabe. Les chefs d’Etat et de gouvernement qui consacreront leur déjeuner de vendredi à la question du Sud-Mediterranée et du Proche Orient n’entreront certainement pas dans tous les détails. Mais des grandes lignes devront être posées.

Scenarios de crises et possibilité de réponse

La grande crainte des diplomates est que « çà se termine comme en Irak par un succès militaire et après le chaos ». Du coté des spécialistes du dossier libyen, plusieurs scénarios ont été envisagés. 1er scénario : une chute brutale, et soudaine, du régime qui pourrait survenir n’importe quand, peut-être pas tout de suite. Mais dans quelques semaines ou quelques mois. 2e scenario : un cessez-le-feu plus ou moins négocié aboutissant, éventuellement, à une ligne de front plus ou moins stabilisée, 3e scenario : la victoire des rebelles, et leur entrée dans Tripoli, suite logique du lent grignotage entreprise depuis deux mois. Etc.

Le State Building, la spécialité du service diplomatique

Dans tous les cas, il va falloir à la fois un package complet d’aide pour favoriser le redémarrage économique de la Libye et sa stabilité : une assistance technique, le soutien à la démocratie, à la réforme des services de sécurité, au retour des réfugiés et personnes déplacées, etc. « Nous sommes là – explique un haut diplomate européen – dans le coeur de métier de l’Union européenne, le State Building, une spécialité du SEAE ». L’UE étudie actuellement toutes les options, y compris celles menant à un déploiement d’hommes sur le terrain dans le cadre une opération de la PeSDC. Cette mission devrait bien entendu s’inscrire dans un mandat précis des Nations-Unies (donné par une nouvelle résolution.

Une force de paix européenne ?

Mais le dispositif de l’ONU est « souvent assez lourd et lent à mettre en place » explique un spécialiste de ces questions. « Et, en Libye, il faudra sans doute aller très vite. On peut très bien envisager que l’UE fournisse – un peu comme au Tchad (EUFOR) – les premiers éléments de maintien de la paix. » Ce qu’on appelle la force d’entrée en premier. Une option d’autant plus envisageable que l’OTAN a, par avance, dénié tout rôle dans cette mission de maintien de la paix (qu’elle pourrait difficilement assumer de toute façon vu son engagement offensif dans les opérations de bombardement).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une pensée sur “Préparer l’après-Kadhafi, le job de l’Union européenne

  • 8 août 2011 à 16:54
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    Pourquoi n’avez-vous pas prévu que Khadafi pourrait gagner ?
    « Dans tous les cas, il va falloir à la fois un package complet d’aide pour favoriser le redémarrage économique de la Libye et sa stabilité : une assistance technique, le soutien à la démocratie, à la réforme des services de sécurité, au retour des réfugiés et personnes déplacées, etc ».
    Cette phrase veut dire que sous le couvert de l’aide vous allez endetter le pays pour y faire travailler les entreprises européennes.
    Vous n’avez rien de mieux à proposer à l’humanité. Cette fois-ci, il se pourrait que vos plans soient déjà caducs.
    Il n’y aurait pas un seul sage en Europe pour faire savoir à ces personnes qui pensent ainsi (guerrre, spoliation des autres) que nous populations en avons marre de leurs mensonges et de toutes ces guerres. Ne soyez pas trop optimistes. La guerre sera perdue en Lybie.
    Au lieu d’aller faire vos lois en Lybie comme vous l’avez fait en Irak, Liban, Côte d’Ivoire,…. vous allez compter vos morts (dont vos médias ne parlent pas) et expliquer à vos populations pourquoi avoir « investit » dans une guerre d’avance perdue.

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