La vraie question du conflit libyen : l’après Kadhafi

(BRUXELLES2) La vraie question qui hante les responsables politiques américains et européens dans le conflit libyen est l’après-Kadhafi, ce n’est « pas vraiment la prolongation de l’opération. mais de savoir « ce qui se passe quand Kadhafi s’en va. Dans quel état va-t-on retrouver la Libye ? Comment éviter le vide du pouvoir ? Comment gérer la transition ? » a expliqué Jamie Shea, le secrétaire général adjoint de l’OTAN chargé des défis de sécurité émergents, lors des entretiens de la Citadelle à Lille.

Eviter la répétition de l’erreur irakienne

Et d’ajouter : Il faut « éviter de répéter l’erreur de l’Irak où le pouvoir s’est effondré rapidement et où les Américains n’avaient pas de plan pour la transition, où il n’y avait pas de force de sécurité dans les rues ». En Libye, il y a un véritable risque, pour Jamie Shea. « Contrairement à d’autres pays arabes, la Libye est un pays sans État, sans armée, sans économie, sans société civile. (…) Il faut penser à une force d’interposition de l’ONU ou de l’Union africaine pour gérer l’après-Kadhafi. »

Espérons que l’UE sera prête

Pour le général allemand Georg Nachtsheim, ancien chef de la brigade franco-allemande et actuellement commandant adjoint du corps de réaction rapide France « Il faut espérer que dans les instances de l’Union européenne, on regarde ce qu’on sait faire, ce qu’on veut faire. Et qu’à temps un effort pédagogique soit entrepris pour convaincre de cette nécessité les Européens. (…) Le vrai problème commence – l’Irak l’a montré – après les opérations aériennes, quand il faut s’engager auprès de la population. »

La planification actuelle d’un futur engagement européen en Libye se limite pour l’instant à une éventuelle mission de réforme des services de sécurité ou des frontières. Au regard des avis convergents, cela ne semble pas suffisant, et l’Europe doit pouvoir s’impliquer dans une force de maintien de la paix.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).