Un + Un = Trois

(BRUXELLES2) C’est la nouvelle équation européenne. Les ministres des Affaires étrangères se sont entendu, hier, pour permettre une présence de l’Union européenne (UE) à haut niveau à différentes réunions. Il s’agit d’assurer la représentation de la Haute représentante de l’UE qui ne peut physiquement être partout : à Bruxelles ou au Parlement européen, dans les capitales, à l’ONU ou en visite à l’étranger… Selon ce qu’en a précisé un ministre participant à la réunion, cette tâche reviendrait en priorité aux « ministres (affaires étrangères ou défense) de la présidence en cours ou plutôt du trio de présidences ». NB : le trio de présidences actuel est constitué de l’Espagne, la Belgique, la Hongrie ; le trio futur de la Pologne, du Danemark et de Chypre.

Au nom de la Haute représentante

Cette représentation a déjà commencé. A Yamoussoukro, samedi (21 mai), c’est ainsi le ministre belge Steven Vanackere qui assurait la représentation de l’UE pour l’investiture du président ivoirien, Alassane Ouattara. Et demain, jeudi (24 mai), c’est le ministre polonais de la Défense, Bogdan Klich, qui assurera le compte-rendu de la dernière réunion des ministres de la Défense, « au nom de la Haute représentante… ». (Maj) Finalement c’est Pieter de Crem, le ministre belge de la Défense, qui a été mandaté pour cela.

Représentation n’est pas information

Il faut cependant distinguer cette représentation officielle des autres rencontres ou déplacements qui s’effectuent « en concertation » avec la Haute représentante. Par exemple, avant sa visite à Benghazi le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, s’est entretenu avec des responsables du service diplomatique « pour avoir certaines informations » et « s’entendre sur les messages à délivrer sur place ». Il en a été de même quand le ministre libyen des Affaires étrangères, Abdelati Laabidi, a rencontré son homologue chypriote, Marcos Kyprianou.

Cette disposition est une première adaptation pratique, mais nécessaire, du dispositif mis en place par le Traité de Lisbonne qui est, effectivement, impossible à tenir pour une personne seule. Il pourrait permettre de mettre fin aux sempiternelles remarques sur l’absence de l’UE à telle ou telle rencontre ou, pire, à une chaise vide. Mais, de fait, aussi c’est un certain retour de poids des présidences tournantes, qui avaient été exclues (injustement à mon sens) de leur rôle de représentation de l’UE. On ne dira jamais assez combien l’exercice d’une présidence européenne est un outil de pédagogie européenne dans la plupart des Etats membres. On réinvente ainsi la « troika européenne » qui avait certains avantages…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).