Le futur de la police palestinienne à l’heure de la réconciliation Hamas-Fatah

S. Jarrar, H. Malmquist, Y. Ozreil (crédit : Conseil de l’Union européenne)

(BRUXELLES2) La réconciliation Fatah-Hamas bouleverse incontestablement la donne au Moyen-Orient, notamment pour les missions européennes déployées sur le terrain, EUPOL Copps, pour la formation de la police palestinienne, et EUBAM Rafah, pour les frontières.

Henriq Malmquist, le chef de la mission EUPOL Copps était aujourd’hui à Bruxelles pour faire le point sur sa mission, accompagnée de deux hauts responsables du maintien de l’ordre palestinien, le général Y. Ozreil et le procureur en chef S. Jarrar. Naturellement les questions des journalistes ont davantage porté sur l’actualité politique que sur le travail, au jour le jour, de la mission.

Le chef de la mission européenne, Henriq Malmquist s’est voulu prudent : « l’Union européenne soutient l’idée d’une réconciliation palestinienne. Mais, concrètement, pour moi, nous devons savoir comment va se passer cette réconciliation sur le terrain avant de discuter quelles conséquences cela aura dans les faits et pour notre mission. »

Une seule police, une seule justice, un seul Etat

Les responsables palestiniens qui l’entouraient ne se sont pas embarrassés de telles considérations plaidant en faveur de davantage d’implication européenne dans le processus en cours en Palestine. Pour le général Youssef Ozreil, « Notre objectif, c’est la réconciliation de Gaza et de la Cisjordanie. Quand nous parlons de police, c’est de toute la police. Et nous avons besoin de plus de soutien, du soutien européen, pour que cette réconciliation se passe bien ». Concrètement depuis 2006, et la prise de pouvoir par le Hamas à Gaza, tout le monde est bien conscient que les deux parties palestiniennes se sont un peu détachées. Et sur le terrain tout reste à fixer encore, notamment fixer comment va se passer la réintégration des policiers restés à Gaza, et selon quels critères. « Nous allons discuter des détails maintenant » a confié Ozreil. « Nous voulons une police démocratique, très professionnelle, expérimentée qui puisse assurer la sécurité de la population d’un État indépendant palestinien qui aura comme capitale Jérusalem. » Et d’ajouter, « le défi principal que nous avons, c’est l’occupation israélienne. Comment se coordonner ? Comment mener des enquêtes ? C’est très difficile dans tous les districts. »

Des difficultés auxquels n’a à faire face aucune justice au monde

Propos approuvé par son compatriote, le procureur en chef Salem Jarrar : « Nous devons faire face à des difficultés auxquels n’a à faire face n’importe aucun système juridictionnel dans le monde. Si des Israéliens commettent un crime sur le territoire de Ramallah, on ne peut pas intervenir. C’est très difficile. » Mais lui aussi plaide pour une réorganisation de la justice palestinienne dans un seul corps : « Tous les crimes commis, dans les deux entités, seront jugés par les juges palestiniens. Les (personnels) de Gaza vont être incorporés. Ils sont prêts à jouer tout leur rôle. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).