Indiens et Turcs revendiquent la libération d’un même navire

l'hélicoptère turc au-dessus du navire Full City (crédit : Marine turque / Turkish navy blog)

(BRUXELLES2) Un navire marchand chinois, le MV Fucheng (Full City), a échappé aux pirates grâce à une action concertée de la marine indienne, turque et américaine, vendredi (6 mais). Mais cette action offensive est revendiquée à la fois par les Turcs et les Indiens, ces derniers semblant un peu vexés de voir que les Chinois n’ont remercié que les Turcs et Américains et pas les Indiens.

Capturé aux petites heures du matin, par les pirates qui écument la mer d’Arabie, à 450 milles environ des côtes indiennes (de Karwar), l’alerte a été donnée à tous les moyens se trouvant dans la région. Selon les faits relatés par le Times of India, c’est un Tupolev TU142M indien, qui est le premier sur place – moins de 30 minutes après l’alerte donnée par la task force chinois – ainsi qu’un navire des gardes côtes indiens. « L’avion a effectué plusieurs passages à basse altitude au-dessus du navire, avertissant les pirates, par radio de quitter le navire immédiatement, et avertissant que des navires de guerre approchaient de la zone » relate un officier indien. Ce qui fait fuir les pirates qui regagnent alors leur bateau-mère.

Un navire turc de l’OTAN, le TCG Giresun, qui est le plus près de l’incident, arrive rapidement – soutenu semble-t-il par des forces américaines. L’équipage d’abordage prend pied et sécurise le navire. L’équipage – réfugié dans la citadelle – reprend alors le contrôle du navire et peut poursuivre sa route, ainsi que le relate le blog Turkishnavy, malgré quelques dégâts, occasionnés par un tir de roquette et d’armes légères.

Cette action est emblématique d’une petite « guerre » médiatique auxquelles se livrent les forces nationales ou multinationales anti-piraterie. Bien souvent, dans leur communiqué de « victoire », ils « oublient », sciemment, de citer la présence ou l’action décisive de navires ou d’avions appartenant à d’autres nationalités ou d’autres forces multinationales. A l’inverse, il est rare que les mêmes communiqués annoncent les « pertes » (pirates tués ou blessés dans l’action) ou le fait que les pirates arrêtés ou suspectés ne sont pas transmis à des autorités judiciaires (comme ils en ont l’obligation) et libérés sur le champ. A cet égard, il faut signaler que le QG européen d’Eunavfor Atalanta a une approche davantage ‘fair play’ et plus complète que d’autres forces en présence.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).