Enlisement en Libye ? Retour sur quelques opérations militaires passées

Enlisement en Libye ? Retour sur quelques opérations militaires passées

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Exercice "Search and Rescue" du 2e bataillon de la garde nationale du Kansas à Djibouti (Crédit : US Air Force photo/Master Sgt. Dawn M. Price)

(BRUXELLES2) Pour évaluer l’efficacité de la campagne menée en Libye par la coalition et l’OTAN, il est intéressant de se référer à quelques opérations d’envergure de ces vingt dernières années.

L’analyse est volontairement succincte pour permettre la comparaison. Mais on perçoit tout de suite quelques éléments, en termes de préparation et de moyens engagés (pour simplifier, je nomme forces « rebelles » ceux qui n’ont pas le pouvoir). Si l’offensive a parfois été « rapide », elle n’a pas duré quelques jours mais plusieurs semaines, et souvent après une intense préparation. Seule exception : l’Afghanistan en 2003, mais avec une situation bien spécifique. Avant de dresser un bilan et de parler d’enlisement, il faut donc attendre quelques semaines — 3 mois environ —. Et, d’une certaine façon, la campagne libyenne cumule les inconvénients de la campagne croate de 1993-1995 (par son absence d’engagement terrestre), de l’Afghanistan 2001 (par l’absence de délai de préparation et l’importance du territoire) que les avantages de l’Irak 2003 (longue préparation + engagement terrestre massif).

Irak – 1990. L’opération « Tempête du désert » (Desert Storm) se déclenche contre l’Irak six mois après les premiers ultimatums demandant à Saddam Hussein de retirer ses troupes du Koweit. Entre août 1990 et janvier 1991, cela a laissé le temps aux Etats-Majors de peaufiner leurs plans. Les Américains ont massé, sur le terrain, 200.000 soldats, un millier d’avions, 700 chars et 80 bateaux. L’opération en elle-même dure environ 7 semaines. Mais c’est sans compter la crise kurde qui durera ensuite plusieurs années. Démarrent alors, au nord, les opérations Provide Confort jusqu’en 1997 puis Northern Watch et, au sud, Southern Watch (no fly zone) sur les zones chiites. Durée : préparation = 6 mois, opération = 7 semaines. Eléments : volet aérien important, engagement terrestre direct massif.

Croatie – 1995. Cette offensive est souvent citée comme l’exemple même de la contre-offensive victorieuse et rapide. C’est oublier qu’elle a été précédée d’une notable préparation. Face à l’armée yougoslave-serbe, qui a hérité des structures de l’armée fédérale, l’armée croate est en devenir. Elle dispose cependant d’un embryon de fonctionnement (les Croates de l’armée fédérale, la milice), puis d’une aide logistique, en matériel et en formateurs « extérieurs » qui ira croissante. Les premiers coups de butoirs commencent en janvier 1993 pour désenclaver la côte dalmate, en septembre 1993 pour dégager les faubourg de Gospic, pour finir en mai 1995 par l’offensive Eclair sur la Slavonie occidentale et en août 1995, en Krajina. Les accords de paix de Dayton sont signés en novembre 1995. Durée : 2 ans de préparation d’une armée et 4 mois séparant les deux offensives victorieuses qui durent effectivement quelques jours. Eléments : volet aérien ponctuel, soutien et formation de forces « rebelles » au sol, pas d’engagement terrestre direct.

Kosovo – 1999. Entre mars et juin 1999, le pouvoir serbe cède et se retire de « sa » province du Kosovo au bout de 78 jours de bombardements. Un pouvoir usé (et entraîné) par 8 années de guerre quasi-ininterrompue en Croatie et Bosnie essentiellement. Alors que « l’armée de libération du Kosovo » (UCK), embryonnaire au départ, a commencé à porter quelques coups depuis deux ans et s’est étoffé peu à peu. Une vigoureuse offensive serbe a lieu entre mai et août 1998. Et l’OTAN qui lancé ses premiers ultimatums en octobre 1998 a bénéficié (comme en Irak) de plusieurs mois pour préparer des plans d’actions (sans compter la présence des forces internationales depuis plusieurs années dans les pays voisins (Bosnie et Fyrom/Macédoine notamment). Durée : 6 mois de planification, 11 semaines d’opérations aériennes + campagne terrestre. Eléments : soutien et formation d’éléments « rebelles » + présence au sol discrète, volet aérien important, engagement terrestre ultérieur.

Afghanistan – 2001. Déclenchée le 7 octobre 2001, avec un temps minimal de préparation après les attentats du 11 septembre, les opérations se déroulent vite. Au débarquement de forces spéciales (dûment dotées en $, 70 millions seront dépensés notamment pour « rémunérer » certaines forces « rebelles »), succèdent la « reconquête » du pays menée en bonne partie par les forces « rebelles ». Kaboul est prise à la mi-novembre, Kandahar début décembre et Tora Bora (à l’est) à la mi-décembre. Durée : préparation 3 semaines, action : 10 semaines. La coalition dispose cependant sur place de forces « rebelles » déjà organisées, constituées et formées à la guerre depuis des années. En face, les talibans disposent de certaines forces mais d’une artillerie plutôt réduite. Eléments : engagement terrestre progressif (forces spéciales), appui aux forces « rebelles », volet aérien ciblé. La phase de stabilisation dure toujours et devrait se terminer en 2014.

Irak – 2003. Déclenchée le 20 mars, gagnée en quelques 20 jours sur le terrain, terminée officiellement le 1er mai (6 semaines), la campagne avait été précédée d’une intense préparation. Commencée en novembre 2001, après les attentats du 11/9, la planification s’intensifie durant toute l’année 2002, où plusieurs plans (Polo Step) sont mis au point. Elle était aussi synonyme d’un fort engagement terrestre des Américains et de leurs alliés (environ 100.000 hommes). Durée : planification/préparation = 1 an et 6 mois, opération = 20 jours. Eléments : volet aérien massif, engagement terrestre direct massif. La phase de stabilisation est terminée depuis août 2010.

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