Représentant spécial de l’UE : race en voie d’extinction ou de renouvellement ? (Maj)

Rencontre du Ministre assistant Li Hui (Chine) avec Pierre Morel, le Représentant spécial de l'UE pour l'Asie centrale, 2008 (Crédit : Ministère des Affaires étrangères chinois)

(BRUXELLES2) Petit à petit, les envoyés et représentants spéciaux de l’Union européenne s’en vont et ne sont pas tous remplacés. Ils étaient 12 au début de l’année, ils ne sont plus que 8 aujourd’hui et ne pourraient être plus que 4 ou 5 d’ici la fin de l’année.

Une évolution logique

Ce changement est, en partie, logique. La fin de certains mandats apparaissait inéluctable avec la montée en puissance des délégations de l’Union européenne qui ne représentent plus seulement les intérêts (et les programmes) de la Commission européenne mais représentent l’Union européenne, exercent un rôle plus politique, proche d’une ambassade. Trois des représentants spéciaux sont déjà « double hatted », c’est-à-dire qu’il cumulent leur mandat avec la direction de l’ambassade de l’UE. Cette option va tendre d’abord à se développer (davantage de double fonctions) puis disparaître le double chapeau ne se justifiant plus en l’espèce puisqu’il y a une seule institution-mère : le service diplomatique et non plus deux comme auparavant (Commission et Conseil).

… mais aussi une certaine « méfiance »

Dans d’autres postes, le changement de la donne géopolitique oblige à des évolutions : fin de mission de certains représentants spéciaux, ouverture de postes dans d’autres. Pour l’instant, il faut cependant remarquer que si la fin de mission a parfois été actée, aucune nouvelle mission n’a encore été enclenchée. Avec des résultats surprenants : ainsi le poste de Représentant spécial chargé de suivre le processus de paix au Moyen-Orient est vacant.

Même si dans l’entourage de la Haute représentante (HR), on avoue réfléchir à plusieurs pistes, on ressent incontestablement une certaine méfiance de la Haute représentante vis-à-vis de tels dispositifs. Cathy Ashton affiche préférer utiliser les structures du service diplomatique (SEAE) qui sont juste en train de se mettre en place, plutôt que de rajouter de nouveaux échelons ou personnes avec des responsabilités, qui seraient en « apesanteur » dans la hiérarchie et un peu trop « électrons libres ».

Un rôle très spécifique

Le rôle d’un représentant spécial ne peut, en effet, être confondu avec celui d’un chef de délégation. L’avantage de son statut – désigné directement par les ministres des 27 selon une procédure inscrite dans le Traité lui-même sur proposition de la HR – lui permet d’avoir un accès direct au Haut représentant ou à d’autres responsables politiques de premier plan dans l’Union européenne, comme à l’extérieur. Ce qui est nécessaire dans des négociations délicates (type processus de paix ou règlement de conflit gelé ou actif).

Détails des postes
renouvelés ou à renouveler

Quatre mandats non renouvelés

Un mandat se terminait fin janvier : celui du général P.M Joana, conseiller et envoyé spécial pour les forces de paix en Afrique et sur la Somalie. (NB : une perte d’expertise importante car outre la Somalie qu’il avait suivie particulièrement, avec l’AMISOM, le général était aussi un des bons connaisseurs de … la Côte d’Ivoire, ayant commandé la force Licorne de juin 2003 à juin 2004). Il n’a pas été remplacé. Cette fonction étant désormais suivie à l’Etat-Major militaire de l’UE, m’a-t-on assuré. Mais l’idée d’un EUSR pour la Corne de l’Afrique est aussi à l’étude.

Trois mandats se terminaient fin février : Peter Semneby (Sud Caucase), Marc Otte (processus de paix au Moyen-Orient) et Kálmán Mizsei (Moldavie). Ils n’ont pas été renouvelés ni remplacés.

Le poste en Moldavie est d’ores-et-déjà supprimé, le suivi des affaires moldaves ou ukrainiennes étant repris par chacun des délégations concernées et les négociations sur la Transnistrie étant suivi directement par le directeur du département, Miroslav Lajcak.

Le poste dans le Sud Caucase ne devrait pas être remplacé, même si la discussion reste ouverte, avec les pays de la région, explique-t-on chez la Haute représentante. Sa fonction pourrait être regroupée – assez logiquement – avec le mandat pour l’Asie centrale.

Pour le Moyen-Orient, la situation est plus délicate. La présence d’un représentant spécial ne suscitait pas l’ombre d’un doute. Mais à la surprise générale, Cathy Ashton a indiqué récemment aux ambassadeurs de l’UE qu’elle comptait suivre personnellement ce dossier. Au SEAE, c’est la directrice politique (secrétaire générale adjointe), Helga Schmid, qui suit le sujet. De fait, la Haute représentante semble vouloir laisser le champ libre à Tony Blair qui est officiellement le représentant européen au Quartet. Mais dont l’efficacité du travail sur le terrain reste encore à prouver. En attendant, on « étudie la question« .

Un mandat se termine : le Kosovo

Un mandat se termine fin avril : Pieter Feith au Kosovo, qui exerce le double mandat de représentant de la communauté internationale et de représentant spécial. Une problématique similaire à celle régnant en Bosnie-Herzégovine avec Valentin Inzko se pose aux Européens. Mais la solution pourrait être plus rapide. Le futur poste restera un « double hatted » : chef de délégation et représentant spécial. Le poste vient d’être ouvert.

Sept mandats continuent jusqu’à fin août

Sept mandats restent encore à courir jusqu’au 31 août 2011 : Koen Vervaeke (Union africaine + chef de délégation), Vygaudas Usackas (Afghanistan + chef de délégation) Rosalind Marsden (Soudan), Pierre Morel (Asie centrale et Crise en Géorgie), Valentin Inzko (Bosnie-Herzégovine), Erwan Fouéré (Fyrom + chef de délégation), Roeland van den Geer (Grands lacs).

Les quatre premiers postes pourraient être renouvelés. Celui de Inzko en Bosnie-Herzégovine dépend de l’évolution internationale ; l’objectif est de le supprimer, la Bosnie s’intégrant davantage dans une logique d’adhésion (lire : L’Europe reconfigure sa présence en Bosnie. Menaces de sanctions). Celui de Fouéré en Fyrom est supprimé. Et le poste dans les Grands lacs pourrait aussi être supprimé.

De nouveaux mandats

Sans être formalisées, plusieurs mandats de nouveaux représentants spéciaux sont en réflexion. Un serait lié à la Corne de l’Afrique et à la lutte contre la piraterie. Deux autres mandats pourraient aussi être évoqués : l’un sur la problématique de la sécurité au Sahel, l’autre pour la Libye, le monde arabe ou le voisinage sud. Des postes qui peuvent se justifier d’une part car il n’y a pas de délégation dans les pays concernés — la Somalie est suivie par la délégation au Kenya tandis que la Libye est suivie par la délégation en Tunisie — ; d’autre part, par la complexité des problèmes à traiter qui dépassent la zone géographique d’une seule délégation.

Au bilan, on peut remarquer quelques absences de taille. Le non renouvellement du mandat en Somalie, au Moyen-Orient est inquiétant car il laisse – quoi qu’on en dise – un gros « trou » dans la couverture diplomatique de l’UE. Le fait de ne nommer personne sur l’Iran ou la Libye (deux pays « problématiques » où il n’existe pas de délégation de l’UE mais où des négociations politiques et stratégiques sont engagées, ou à engager) est également une erreur politique magistrale.

Lire également : Les représentants spéciaux de l’UE dans l’oeil du cyclone

(mis à jour : jeudi 7 avril Kosovo, Sud Caucase, Grands lacs)