« L’Europe a-t-elle un avenir stratégique ? »

Rédigé par Nicole Gnesotto, ce (petit) ouvrage publié aux éditions Armand Colin tombe à pic. Il dresse une analyse lucide, sans complaisance mais sans lamentations également sur l’Union européenne actuelle dans son versus diplomatique et défense. Pour paraphraser le médecin malgré lui, l’Europe a un avenir stratégique mais elle ne sait pas pas…

Comme le précise l’auteure, qui a été le premier directeur de l’Institut d’études de sécurité de l’UE (*) et est aujourd’hui professeure au CNAM, l’Union européenne n’est « toujours pas devenue un acteur puissant et respecté sur la scène internationale. Elle a certes adopté des embryons de politique étrangère et de défense commune, avec succès, mais son influence politique reste marginale, aléatoire ou invisible ». Même si le bilan des dix dernières peut être perçu comme positif, on reste encore loin de l’Europe puissance. « La revendication d’une « Europe puissance » restait un projet solitaire de la France et un projet dangereux pour la quasi-totalité des partenaires européens. » analyse justement Nicole Gnesotto qui ne perd cependant pas espoir. 

« l’Europe est une puissance nécessaire ».

La création d’un « acteur politique européen, le partage (NB : et non l’effacement) des souverainetés nationales au bénéfice de l’ensemble de l’Union, n’est pas un objet périmé. La création d’un pôle européen au sein de la mondialisation est même un même au contraire la seule question moderne et vitale pour l’avenir de l’Union. » Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la « mondialisation ne crée pas un nouveau système stratégique ». Elle superpose, s’ajoute à des situations déjà existantes comme la dissuasion nucléaire, les conflits régionaux…  Certaines questions restent donc actuelles, pour l’auteure, qui estime que l’Europe doit répondre à « trois préalables » : « Quelle relation souhaitons-nous établir avec les Etats-Unis ? Quel système international souhaite-t-on contribuer à mettre en oeuvre ? Comment susciter et défendre l’évidence d’un « intérêt national européen » au sein de la mondialisation ? »

• « L’Europe a-t-elle un avenir stratégique », Nicole Gnesotto, Ed. Armand Colin, 220 p., 18,50 €.

(*) Mis à jour : L’Institut de sécurité a été d’abord dépendant de l’UEO avant d’être rattaché à l’UE. N. Gnessoto est ainsi le premier directeur à l’UE. Mais le troisième directeur de l’Institut après son premier directeur, John Roper (UK), remplacé en 1995 par Guido Lenzi (Italie).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).