Quelques précisions sur le commandement de l’OTAN pour la Libye

Patrouille F-16 (© NGV / Bruxelles2)

(BRUXELLES2) L’OTAN ne devrait prendre le commandement de toutes les opérations sur la Libye que d’ici vendredi. « Le full C2 (Command and Control) est prévu avant le 2 avril au plus tard », selon un document que j’ai pu consulter. « Il faut, en effet, un peu de temps pour assurer la transmission des commandements » explique un diplomate. « Cela fait partie des conditions qui ont été négociées » explique un militaire. De fait, plusieurs militaires du Shape semblaient sur le départ vers l’Italie, sur le tarmac de l’aéroport militaire de Bruxelles, lundi matin.

Une montée en puissance un peu improvisée

Même si les militaires répugnent à ce terme, l’opération vers la Libye s’est largement « improvisée », du moins dans les premiers jours. « Là où d’ordinaire on passe plusieurs semaines, plusieurs mois à planifier une opération. Ici, pour la Libye, cela a été très vite. Effectivement les diplomates ont été plus vite que les militaires. » raconte un expert la chose militaire. Lors des premières frappes, dans les premières heures, « il n’y avait même pas de coordination. Au mieux un partage des informations. De fait, chaque pays, au tout début, un peu ce qu’il voulait, avertissant les autres » m’a expliqué un militaire d’un pays qui a initié les premières frappes. Les jours suivants, les opérations menées en coalition étaient simplement coordonnées entre les Etats. Puis, très vite, est venue l’organisation, avec le commandement américain à Ramstein ; chaque pays y a des officiers de liaison. « Ce qui est plus facile. Nous avons l’habitude de travailler en coalition, avec des normes OTAN que chacun connaît et a intégré » explique un haut gradé qui a rejoint la « Coalition de Paris ». « Le commandement de Ramstein désigne et prioritise les cibles pour chacun des partenaires de la coalition

Les commandements OTAN : Poggio Renatico (Air), Naples (Mer)

Avec la prise de commandement par l’OTAN, l’intégration sera plus complète. Tous les commandements seront, en fait, placés en Italie. C’est le CAOC (Combined Air Operations Center) de Poggio Renatico (près de Ferrara et Bologne) qui servira de quartier général pour l’aérien (No fly zone et frappes), formé à partir du Commandement de la Composante Air d’Izmir (Turquie) et d’éléments de Ramstein. Tandis que le MCC de Naples servira de quartier général pour le maritime (embargo).

Le tout coordonné au JFC de Naples, sous la direction du général canadien Bouchard, qui devrait coordonner les trois opérations (embargo sur les armes, no fly zone, frappes – protection des civils). « Il fallait éviter – estime un officier de la coalition – le double hatted comme on le connaît en Afghanistan ». Autrement dit, ce ne pouvait être l’amiral Lockwear qui coordonne l’opération, ayant un titre à l’OTAN (celui de commandant du JFC) mais aussi étant le commandant des forces navales de l’Africom et de l’Eucom.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).