L’intenable position allemande. L’inaction européenne. Pâle sentiment de honte…

L’intenable position allemande. L’inaction européenne. Pâle sentiment de honte…

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Angela Merkel au sommet européen du 11 mars consacré à la Libye

Face aux évènements qui se déroulent en Libye et dans le monde arabe, on ne peut retenir le sentiment d’une certaine honte…

Le couvercle se referme-t-il actuellement sur les révolutions arabes ? On en a l’impression. Entre l’intervention des forces armées saoudiennes à Bahrein contre les manifestants (chiites), le laissez-faire de Kadhafi qui mate sa révolution dans le sang, le « printemps » arabe dont on vantait les premiers exemples s’assombrit. La « normalisation » revient au galop, bien aidée, il faut le dire, par les réticences russes et les soudaines prudences américaines, « l’absence » européenne, minée par des divisions européennes qu’on croyait, pourtant, ranger aux oubliettes de l’histoire.

L’anomalie allemande : problématique

En Europe, il y a ceux qui voulaient aller fort et vite sur la Libye (France et Royaume-Uni), ceux qui ont une proximité géographique et économique et recommandaient une certaine prudence (Italie, Grèce, Malte, Chypre…), ceux qui ont une tradition plus pacifiste et voient plutôt une action humanitaire (Suède, Finlande, Autriche, Irlande…). Un schéma assez classique et logique, somme toute.

Dans ce paysage, apparaît cependant une « anomalie » essentielle : l’Allemagne, qui tient un rôle non négligeable dans l’absentéisme actuel de l’Europe. Il est très difficile de comprendre cette position allemande qui conduit à un blocage dans toutes les institutions dont elle est membre (Union européenne, OTAN, Conseil de sécurité de l’ONU). Certes il y a la traditionnelle prudence vis-à-vis des opérations militaires extérieures, les limites prévues par la Constitution, une certaine proximité (parfois) avec les positions russes,… Certes il y a aussi la campagne électorale en cours dans plusieurs Länder – que le gouvernement risque bien de perdre d’ailleurs -, perdant en même temps la majorité au Bundesrat (la seconde chambre du parlement).

Mais, tout de même ! Nous n’étions pas habitués à une telle position, qu’on pourrait qualifier de très amicale, voire de complice (plus forte que l’Italie), envers un régime et un dirigeant, qui sont tout de même recherchés pour « crime contre l’humanité » par la justice internationale. Les dirigeants actuels, Angela Merkel et Guido Westerwelle, n’en sortent pas grandis. Car ils n’ont rien proposé en alternative à l’option militaire que prônait la France et le Royaume-Uni. Et l’Europe non plus…

L’inaction européenne

L’Europe n’a pas, en effet, su proposer une voie médiane entre attentisme et action militaire. On est ainsi étonné de voir qu’elle n’ait pas poussé la voie de la négociation ou de l’intermédiation dans laquelle elle excelle d’ordinaire. Aujourd’hui, du coup, nous n’avons rien : pas d’envoyé spécial de l’UE avec un pays qui est à sa frontière (maritime) ; pas d’initiative d’un groupe de contact réunissant plusieurs points de vue ; pas d’envoi de missions de conciliation « simultanée », ni d’envoi de mission d’interposition ; pas de proposition de déploiement d’observateurs le long des frontières de la Libye, ou ailleurs… Rien ! Sinon des sanctions ou des traductions devant la CPI qui n’ont qu’une valeur à moyen ou long terme. De quoi se donner bonne conscience.

Les partisans du silence et du « ne rien faire » sont restés sur des considérations générales. Dans les couloirs du sommet européen résonnaient autant d’opinions justifiant de ne rien faire : on ne sait pas vraiment ce qui se passe ; qui massacre qui ? ; Y-a-t-il vraiment un massacre ? ; Il y a beaucoup de manipulations, de part et d’autre ; Ces « gens de Benghazi » ne sont pas vraiment recommandables ; Etc… Effrayant ! Comment ne pas avoir honte aujourd’hui, demain ? Où est l’Europe ? Que fait-elle ? Que propose-t-elle ?