L’Europe n’a pas à rougir de son action humanitaire

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t Que ce soit pour l’évacuation des ressortissants européens de Libye (Pegasus I) ou pour le pont aérien et maritime qui est en passe de se mettre en place en Tunisie (Pegasus II), les Européens n’ont pas à rougir de leur action. Pour une fois, diront les méchantes langues. C’est nouveau diront les optimistes. Ne mégotons pas, la réaction, même si elle a été un peu désordonnée au départ, est à la hauteur des évènements. Et, contrairement à Haïti, lors du tremblement de terre il y a un an, ce sont les Européens qui, cette fois, ont tenu la dragée haute, les Américains n’ayant eu qu’un rôle supplétif.

Des moyens importants engagés

Pour l’opération Pegasus I (Libye), selon un décompte réalisé par ‘B2’, les différents gouvernements ont engagé une trentaine d’avions gouvernementaux – certains effectuant plusieurs rotations – et une quinzaine de navires militaires qui ont fait la navette ou étaient en alerte, sans compter les avions et ferry civils affrétés soit par les gouvernements des Etats membres de l’UE ou par des gouvernements étrangers (Chine).

Pour l’opération Pegasus II (Tunisie), j’ai décompté pour l’instant 16 avions (militaires, civils affrétés par le gouvernement) et 5 navires mis à disposition des organisations internationales pour effectuer le rapatriement des réfugiés arrivés à la frontière tunisienne. Les Européens se chargeant du rapatriement de réfugiés appartenant à des Etats plutôt désargentés à l’image de ce C130 italien qui rapatrie des migrants au Mali.

Une offensive diplomatique

Il en est de même de l’action diplomatique. On peut avoir une vision pessimiste de ce qui se déroule qui parait la reproduction de schémas hérités de l’histoire. Ou tenter de donner un corps à ce désordre. Ayant été à l’initiative de la première résolution aux Nations-Unies avec les Américains, les Français et Britanniques continuent, en tout cas, l’offensive. Les Britanniques sont à Benghazi (une petite mission diplomatique a confirmé Liam Fox, le ministre Uk de la Défense), les Français avec Alain Juppé en Egypte et auprès la Ligue Arabe, et le service diplomatique de l’UE avec le soutien des Italiens à Tripoli.

On peut cependant regretter qu’il n’y ait pas eu une reconnaissance plus formelle et solennelle du Conseil national libyen (l’opposition) ainsi que vient de le faire la France, dimanche (lire ici), après un entretien d’Alain Juppé avec le leader du Conseil, Abdel – Fattah Younis al-Obaidi.

La diplomatie européenne se déploie ainsi, d’une façon qui peut sembler désordonnée, mais qui reflète, de fait, un partage des rôles. C’est la première fois depuis la mise en place du service européen d’action extérieure, que l’Union européenne doit faire face à un conflit majeur qui l’affecte au plus près de ses intérêts, économiques, géographiques comme politiques.

Une pluralité de voix convergentes

La « voix unique » de l’Europe n’existe pas en la matière, comme on a souvent attribué (par erreur) attribué un des effets au Traité de Lisbonne. Il n’y en a pas nécessité. Et ce serait même une erreur. Ce serait se priver de toutes la palette d’opinion qui forme l’histoire et la politique européenne, et également de possibilités de contacts diversifiées. La politique extérieure euroépenne marque, ici, sa spécificité par rapport à la politique américaine ou chinoise : il n’y a pas de point de vue unique mais une différence d’appréciation qui converge vers un objectif unique. Une pluralité de voix convergentes, une chorale en quelque sorte, qui fonctionne quand il n’y a pas de fausses notes…