Situation préoccupante pour les réfugiés venant Libye. Appel à un accès humanitaire

Situation préoccupante pour les réfugiés venant Libye. Appel à un accès humanitaire

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Camp de Ras Ajdir, frontière lybienne, coté tunisien, 3 mars (Crédit : Commission européenne / EBS)

Il règne une sérieuse inquiétude pour les personnes déplacées qui n’ont pas encore pu franchir la frontière tunisienne à l’ouest de la Libye. Si les jours précédents, il y avait un nombre indéterminé de personnes qui se pressaient du coté libyen de la frontière et attendaient de passer en Tunisie, la situation a radicalement changé le 3 mars, alors que la commissaire européenne chargée de l’aide humanitaire, Kristalina Georgieva et la ministre hongroise des Affaires intérieures, Eniko Gyori, visitaient le point frontière de Ra’s Ajdir coté tunisien. Coïncidence. Le même jour de la visite européenne, les autorités libyennes de Tripoli organisaient une visite de journalistes à la frontière tunisienne pour montrer que tout allait bien et que tout était organisé.

Inquiétude dans les ONG et à la Commission européenne

On peut donc se poser la question où sont passés les réfugiés qui se pressaient à la frontière et sur la situation exacte en Libye. C’est la question que se posent d’ailleurs sérieusement les responsables européens. Nous sommes « particulièrement préoccupés du côté frontière libyenne. Les informations sont limitées. Et l’accès humanitaire est impossible » a expliqué un porte-parole de la Commission européenne ce midi (vendredi 4 mars).

Appel au respect des règles humanitaire et à un corridor

La commissaire Georgieva a d’ailleurs lancé un appel public « aux autorités libyennes pour permettre aux travailleurs humanitaires dans le pays, faciliter l’accès à ceux qui ont besoin de notre aide. La communauté humanitaire doit être en mesure de fournir l’aide en toute sécurité, sans entraves, conformément aux principes humanitaires de neutralité et d’impartialité. »

Inquiétude partagée par les organisations humanitaires

Tous les partenaires humanitaires (HCR, CICR, FICR, OIM) rencontrés sur place par la présidence hongroise et la commissaire européenne l’attestent. « Il y avait très peu d’informations sur la situation dans la partie occidentale de la Libye, et qu’ils n’avaient pas été en mesure de franchir la frontière de l’Ouest malgré les tentatives répétées » ont-elles expliqué dans un courrier conjoint daté du 3 mars et adressé à leurs homologues des Etats membres (ministres de l’Intérieur et/ou en charge de la Protection civile). La lettre appelle chacun à prévoir le pire : « A ce stade, sans accès à la Libye, il est difficile de prévoir comment la situation va se dérouler, mais nous devons être prêts avec des plans d’urgence ». Et de soutenir l’effort tunisien « Nous faisons appel à vous tous pour regarder quelles nouvelles capacités vous être en mesure d’offrir » pour permettre d’évacuer toutes les personnes déplacées.

Des cartes de l’ONU explicites

Pour en avoir le coeur net, sur la situation au 3 mars, on peut regarder les deux cartes satellites transmises par le Centre satellitaire de l’ONU qui montre clairement deux situations.

1° Coté tunisien : du monde

Vue de la frontière, à Ra's Ajdir, 3 mars, 11h locales, coté tunisien (crédit : ONU)

2° Coté libyen : moins de monde

Vue de la frontière coté libyen (gauche), coté tunisien (droite), 3 mars 11h (crédit : ONU)

Typologie des personnes qui arrivent à la frontière tunisienne

Un camp pouvant accueillir 15 à 20.000 personnes a été mis en place coté tunisien par le UNHCR/OIM. Un autre en construction est mis en place par la fédération des sociétés de Croix-Rouge d’une capacité d’accueil de 5-10.000 personnes. L’objectif des autorités tunisiennes est d’éviter que ces personnes reste trop longtemps dans la région.

Mais la typologie des personnes qui arrivent à la frontière commence à changer. Des travailleurs de toutes nationalités (essentiellement égyptiens) du début, on trouve désormais davantage de familles. Des Libyens, qui étaient peu nombreux au départ, commencent aussi à affluer. Il y a aussi des problèmes concrets. Comment et où évacuer les différentes nationalités africaines arrivées sur place ? Que faire de certaines travailleurs venant de pays déstabilisés ou en conflit (Somaliens, Erythréens…) qu’il est difficile renvoyer chez eux ? …