Libye, Somalie, Sahel… Pourquoi ne pas nommer un envoyé spécial ?

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(OPINION) L’Union européenne dispose d’un levier politique pour coordonner l’aide européenne : c’est le dispositif de l’envoyé spécial. Or, celui-ci, malgré son inscription dans le Traité, est en train de péricliter. La cause ? pourrait vous expliquer l’entourage de Cathy Ashton : depuis la mise en place du Service européen d’action extérieure (SEAE), l’UE dispose de chefs de délégation, rehaussés au rang d’ambassadeurs de l’UE, et de directeurs de département d’un niveau politique. Cette explication milite évidemment pour la suppression de l’envoyé spécial en Fyrom ou en Moldavie. A l’inverse, on peut ne pas comprendre pourquoi en Somalie, en Libye, où ne fonctionne pas de délégation sur place, l’UE ne dépêche pas un envoyé spécial. Dans ces deux « pays », nous faisons face à des problèmes à la fois complexes et multipolaires, mêlant questions de sécurité, de développement et humanitaires. Et il paraît urgent d’agir. Surtout en Libye…

Un niveau politique

La nomination d’un « envoyé spécial » ne vise pas à avoir un échelon de plus dans mais à donner à un problème, une zone donnée, l’envergure politique nécessaire pour résoudre la question. L’envoyé spécial a un avantage certain : il peut mener des négociations à haut niveau, référer directement à la Haute représentante voire aux Etats membres, et donner au problème, à la zone donnée une visibilité, la preuve démultipliée d’un intérêt qui est, là, réellement « stratégique » (sans doute plus que la relation avec la Chine ou les Etats-Unis qui relève d’une relation « business as usual »).

Pour la Somalie, c’est nécessaire car l’engagement européen, déjà multiple et conséquent, mérite d’avoir un « push » politique, des allées et venues entre les différentes capitales concernées, Bruxelles, Londres (OMI) et New-York (ONU), que ne peut donner la Haute représentante trop occupée ailleurs.

Pour la Libye, c’est encore plus nécessaire car il y a une urgence politique à ce que l’Europe dans son environnement immédiat marque son intérêt. Le despote fou est encore là et peut faire des dégâts, beaucoup de dégâts. Et même une fois parti, il y a tout un pays à reconstruire qui n’a que rarement connu une structure démocratique. Une mission « Etat de droit » européenne serait tout à fait justifié.

Ce dispositif pourrait aussi être utile pour la zone sahélienne, où nous avons des délégations trop éparpillées pour pouvoir.

Des personnalités il n’en manque pas. Et des bonnes !

Il ne manque pas aujourd’hui de personnalités à la retraite, bien introduites auprès des Somaliens ou des Libyens qui peuvent être encore utiles aujourd’hui.  S’entourer de personnalités qualifiées serait pour la Haute représentante un gage d’ouverture et signifierait la fin du repli sur soi et de la tentation de la tour d’ivoire, trop prégnante actuellement. Un Italien, bien introduit auprès de Kadhafi, comme Romano Prodi, serait peut-être utile en Libye. Ce pourrait être une des décisions, concrètes, du sommet spécial du 11 mars, réuni autour de la question libyenne.