Evacuer les Européens de Libye: « une mission difficile, complexe ».  Entretien avec Cathy Ashton

Evacuer les Européens de Libye: « une mission difficile, complexe ». Entretien avec Cathy Ashton

Share

(© NGV / Bruxelles2)

ENTRETIEN (BRUXELLES2/ Budapest)  En marge de la réunion des ministres de la Défense, Catherine Ashton, a bien voulu répondre aux questions de quelques médias européens (dont Bruxelles2/Ouest-France). C’est assez rare que la Haute représentante de l’ UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité se prête ainsi au jeu des questions – réponses avec les journalistes pour ne pas être mentionné. Ce n’est, bien sûr, pas la première fois que nous nous rencontrons. Cela a été le cas à plusieurs reprises dans un couloir ou autre d’une institution européenne, ou à Budapest encore récemment lors de la réunion de la Commission européenne. Mais c’est la première interview « assis », assez longue. Environ 1/2 heure. Un échange intéressant, même si la Haute représentante est restée trop près (à mon goût) de ses « key messages« .

C’est la Libye qui, bien sûr, occupait tous les esprits. Cathy explique combien la situation est difficile, pour avoir des informations, pour agir. Sur les sanctions, elle est claire, c’est Oui. Lesquelles : le critère sera la plus efficace rapidement, la moins dommageable au peuple. L’emploi du battlegroup : c’est non mais pourquoi pas ensuite (*). Les financements pour la Méditerranée : la reprogrammation des financements est déjà entamée.

Quelques mots de méthode : dans cet exercice, chacun des journalistes qui participent à la « conversation » a droit généralement à 1 ou 2 questions. J’ai eu l’honneur de « l’entame » et vous reconnaitrez certainement ma « patte » sur les battlegroups. Pour permettre une meilleure lecture, j’ai coupé la réponse sur les sanctions, un peu longue, en l’égayant d’une relance. L’interview en tout en anglais. Cathy Ashton ne maitrise toujours pas le Français, ni l’Allemand, les deux – autres – langues du service diplomatique, ce qui implique une légère « perte » à la traduction.

La Libye occupe tous les esprits, quel est votre sentiment ? Pourquoi est-ce si lent d’évacuer les Européens ?

La situation est véritablement dangereuse, en Libye. Vous savez. C’est très difficile d’obtenir des informations précises sur ce qui se passe réellement. C’est notre problème. Dans un pays, où vous avez une société civile, une opposition, des ONG, vous avez toujours un interlocuteur et pouvez toujours vous organiser. Ici, vous n’avez pas l’infrastructure d’un État, sur lequel on peut se reposer, pas d’ONG, pas d’opposition, pas de relais possible. C’est aussi un problème. C’est encore plus compliqué car nous n’avons pas de délégation de l’Union européenne (c’est dans ces cas quand nous n’avons rien qu’on perçoit combien une délégation de l’UE est utile). Et, les Etats membres sur place n’ont pas de grosses délégations sur place, donc pas beaucoup de personnel. Nous faisons donc face à une situation totalement inhabituelle.

Pourquoi ne pas envoyer un des Battlegroups de l’UE pour assurer un soutien humanitaire ?

Je ne vois pas leur utilisation maintenant. Il y a des étapes à respecter. Nous devons donner les capacités maximales à l’aide humanitaire, coordonner, et rechercher le meilleur impact. Ce que nous avons besoin, ce sont des personnes à la frontière pour évaluer, de l’argent pour les Nations-Unies, et de préparer et planifier les étapes suivantes. Le moment venu, nous verrons quel est le soutien le plus rapidement disponible et le plus nécessaire.

L’Europe va-t-elle imposer des sanctions contre le régime de Kadhafi ?

Oui, nous allons imposer des sanctions. Nous travaillons sur des mesures restrictives comme le Comité politique et de sécurité (COPS) l’a agréé. Il ne faut pas oublier l’impact des déclarations politiques. Elles sont efficaces. Quand on a dit, qu’il ne faut pas faire usage de violence ou que celles-ci étaient inacceptables, cela a un effet. Qu’avons-nous eu à ce moment : une réaction au vitriol de Kadhafi… Cette montre bien que la déclaration a un effet.

Quelles sanctions ?

Il faut choisir la sanction qui soit la plus efficace pour amener à un changement rapide de la situation sur place. C’est cela notre critère de choix. Nous pouvons mettre en place un gel des avoirs, un embargo sur certains équipements qui arrivent.

Et un blocage des achats de pétrole ?

Il faut voir ce qu’on peut faire mais garder toujours comme objectif ce que l’on peut faire de mieux pour le peuple en Libye.

Les déclarations sont-elles utiles en de telles circonstances ?

Oui. Il ne faut pas oublier l’impact des déclarations politiques. Elles sont efficaces. Quand on a dit par exemple, de ne pas faire usage de violence ou que celles-ci étaient inacceptables, cela a un effet. Qu’avons-nous eu à ce moment : une réaction au vitriol de Kadhafi, cela montre bien qu’il y a une réaction.

Vous avez mentionné votre intention de reprogrammer certains financements européens de la politique du voisinage. Est-ce le Sud versus Est ?

Nous avions déjà prévu de revoir cette politique de voisinage avant les derniers évènements en Afrique du Nord. Et ce qui se passe ne fait que renforcer ma conviction. Cette politique de voisinage, c’est comme une trop grosse couverture. Il faut être plus ambitieux. Mais il nous faut aussi une approche plus individualisée, soutenir les pays qui en ont le plus besoin. Cela concerne les pays de la Méditerranée comme la Tunisie ou l’Egypte. Mais aussi notre voisinage de l’Est. Le Belarus par exemple. Nous avons besoin aussi d’une nouvelle stratégie pour la Bosnie-Herzégovine.

(*) Comme me l’a confié un diplomate européen après l’interview, il y a aussi un aspect à cette prudence tant sur les battlegroups que les sanctions. Tant qu’il y a des ressortissants dans le pays, on doit rester relativement mesuré. Un point de vue partagé par les Américains.