Accueillir des réfugiés libyens en Europe : « purement hypothétique » !

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L’ouverture de la clause de protection temporaire pour accueillir des réfugiés ou personnes déplacées libyens ne semble pas d’actualité. Et les autorités européennes font tout pour éviter le sujet. Lors du briefing de la Commission européenne, alors que je posais la question, j’ai été surpris de m’entendre répondre par le porte-parole de Cecilia Malmström, la commissaire européenne chargée des Affaires intérieures que ce n’étaient que des « questions purement hypothétiques » auxquelles il ne voulait pas répondre. Relancé. Il a juste ajouté : « On n’est pas devant un évènement qui le justifie. La décision ne peut pas être prise avant que les évènements se déclenchent. » ! Et d’ajouter : cette clause « n’a jamais été utilisée » (*). Une analyse lapidaire et complètement détachée du contexte politique dramatique de la Libye qui reflète cependant bien l’attitude des Etats membres aujourd’hui. Il est vrai que l’évènement déclencheur de la clause de protection temporaire est l’afflux migratoire sur un territoire européen. Et que les Etats membres veillent bien à ne pas créer d’appel d’air. « Il n’y a pas d’afflux migratoire massif » estime un porte-parole.

Il faut dire que les Européens (surtout les Italiens) sont, aujourd’hui, tellement obnubilés, on pourrait dire tétanisés, par une arrivée migratoire possible en provenance d’Afrique. Jusqu’à en oublier le contexte géopolitique et la tonalité historique de ces révoltes dans des pays. On ne peut s’empêcher de penser que cela pourrait être le cas et qu’il conviendrait d’étudier au minimum cette question qui n’est pas qu’ hypothétique, n’en déplaise à Me Malmström et à son porte-parole.

(*) Si la directive adoptée en 2001 n’a jamais été appliquée en tant que telle, la « clause de protection temporaire », en revanche, a déjà été appliquée lors des différentes guerres de Yougoslavie. C’était un des éléments de la « Réponse globale à la crise humanitaire en ex-Yougoslavie » adoptée par les ministres européens. Et la directive n’est, en quelque sorte, que l’harmonisation et la codification de la pratique antérieure des pays européens qui avaient décidé d’accueillir des réfugiés hors des républiques yougoslaves, pour « dégonfler » les camps gérés par le HCR et les ONG qui débordaient.