Alain Juppé demain à Bruxelles pour une visite d’Etat

Crédit : DICOD / Ministère Fr de la Défense

Le gilet pare-balles ne sera peut-être pas nécessaire à Bruxelles ! Encore que… Le temps s’est refroidi ces derniers jours entre Bruxelles et Paris. Et un ou deux points de suture s’imposent. Le ministre de la Défense français, Alain Juppé, sera demain à Bruxelles pour une visite complète qui ne tient pas seulement à son strict portefeuille ministériel.

L’OTAN et la Commission européenne

Nous aurons ainsi la classique rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN. Entre l’engagement en Afghanistan, le serrage de boulons dans l’organisation et le bon suivi de la réintégration de la France (et des Français) dans l’Allliance, les sujets ne manquent pas. Mais le ministre ne s’arrêtera pas là. Il rencontrera également José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, ainsi que le Français Michel Barnier, le commissaire chargé du Marché intérieur et des Services, et Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen. Plutôt rare pour un ministre de la Défense. Mais Alain Juppé n’est pas n’importe qui. C’est aussi le numéro 2 du gouvernement. Et la palette de sujets entre Bruxelles et Paris est large : budget européen, matières premières, industrie. Alain Juppé voudra notamment convaincre ses interlocuteurs de mettre à l’agenda une vieille antienne française (qui n’est cependant pas partagé par tout le monde) : la politique industrielle européenne. Il ne faut oublier que nous sommes aussi à quelques jours du sommet européen (le 4 février) consacré à l’économie. Et un échange de vues entre les autorités européennes et françaises, au plus haut niveau, n’est pas négligeable.

Allez-y Baroness !

Avec Lady Ashton (comme avec José-Manuel Barroso), une série de sujets internationaux sont également à l’ordre du jour notamment ce qui se passe « de l’autre coté de la Méditerranée » : le Sahel et le risque terroriste, la Côte d’Ivoire et l’impasse Gbagbo (avec l’éventualité d’une force européenne), la Tunisie, … Dans l’entretien, seul à seul, que pourrait avoir Alain Juppé avec la Baronne, ce pourra être l’occasion pour le ministre de réaffirmer l’attachement que tient la France à la construction de l’Europe de la défense et au service européen d’action extérieure (SEAE).

Une nécessité ! On avait quelque doutes dernièrement sur la position du gouvernement français (et de l’Elysée) sur ces deux sujets. Cet entretien a donc pour objectif de contribuer à dissiper les doutes et encourager la Haute représentante à relancer différents projets en matière d’Europe de la défense. Ce ne sont pas juste des mots. Trois projets sont actuellement dans les cartons et pourraient signifier cette relance : la mission d’assistance maritime dans la Corne de l’Afrique, la mission d’assistance justice et prisons en Somalie, la mission d’assistance aux frontières à Gaza. Les questions industrielles et économiques, de capacité européenne sont également présentes, résumées dans le récent papier déposé par l’Allemagne, la France et la Pologne (le papier de Weimar). Et comme le rappelle son entourage, le ministre a récemment demandé à Catherine Ashton de s’investir personnellement « dans le développement d’une Europe de la défense crédible dans les domaines politique et militaire, capable d’entretenir des liens de complémentarité efficaces avec l’Alliance ».

En un mot, le message serait : « Allez-y madame la Baronne, foncez, nous sommes là… »

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).