2011 démarre en trombe… Une année pleine d’enjeux

(BRUXELLES2) Il est moins une ! Presque le dernier jour du mois de janvier. Et je n’ai toujours pas publié ce « foutu » message de voeux, traditionnel en cette nouvelle année. J’avais prévu de faire un petit tour d’horizon des principaux sujets. En pointant quelques sujets qui paraissaient importants, a priori, sur l’agenda de cette nouvelle année : la Cote d’ivoire (et ses deux présidents), le sud Soudan (et sa partition en deux pays après le référendum), les deux Corées (en phase lente de trouver un nouveau modus vivendi même si des tensions soudaines ne restent pas absentes), la Somalie (et son splitage en deux ou trois entités autonomes, ainsi que l’enjeu pour la communauté internationale), l’Iran (la menace nucléaire qu’il fait peser), l’Afghanistan (où les nations européennes sont bien embourbées, politiquement, financièrement et… militairement), Etc. Las… Je n’en ai pas eu le temps. D’autres évènements sont venus bouleverser cette grille de lecture, si bien que je repoussais toujours la publication de cet article.

L’heure est venue ! Il n’est plus temps de reculer. Alors… bons voeux pour 2011. Et petit tour d’horizon des enjeux de politique étrangère et de défense pour l’Union européenne aujourd’hui.

Le monde arabe en fusion

La révolte citoyenne en Tunisie les premières semaines de janvier et le départ de son dirigeant autoritaire Ben Ali, puis le climat insurrectionnel en Egypte ces derniers jours, et les rues bouillonnantes au Yemen, en Algérie … remettent le focus sur notre pourtour méditerranéen, le monde arabe. Les évènements sont là pour rappeler, contrairement à ce que pense sans doute la Haute représentante, Cathy Ashton, que l’Afrique et notre pourtour méditerranéen sont le premier terreau d’expérimentation pour la politique extérieure de l’Union européenne. A force de s’intéresser à la Chine, au Japon aux Etats-Unis, à la Russie – pays primordiaux dans le monde tout autant pour notre place économique -, on en oublie notre « zone naturelle » qui est tout aussi importante pour notre rôle politique et économique (j’y reviendrai).

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Le service diplomatique : décollage réussi, reste à atteindre l’orbite

Premier d’entre eux, le nouveau service diplomatique européen n’est pas encore tout à fait opérationnel. Mais il a désormais une base juridique, un corpus dirigeant (le « top management »), un budget, du personnel qui lui est désormais officiellement délégué…

Il reste encore à faire face à nombre de défis : compléter l’effectif d’une part (certaines unités sont comme un gruyère et il manque encore un « Top Manager »), donner aux structures de gestion de crise une plus grande prééminence et de nouveaux moyens (on parle de réorganisation, je ne suis pas sûr que ce soit là l’urgence), « recoller » avec le Parlement européen et quelques ministres d’Etats membres où la grogne est de plus en plus perceptible. Des questions logistiques sont à résoudre : locaux du siège, sécurité des délégations comme des bâtiments, protocole diplomatique… Il faudra aussi arriver créer une culture commune et démontrer la plus-value du corps diplomatique européen. Ce qui sera un peu plus long.

Nous sommes embarqués dans une réforme profonde qui va nous occuper plus que quelques mois. Le service n’aura sans doute sa pleine efficience que d’ici plusieurs années. Pour reprendre une image spatiale : la fusée a décollé de sa base – décollage réussi. Reste maintenant à assurer la montée dans les airs, la séparation des étages et la mise en orbite de façon optimale….

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Les missions de paix : on ferme, on prolonge, on redéploie

Coté opérations, on est actuellement plutôt dans une phase de décrue des missions et de recherche de nouveaux terrains, voire de nouvelles missions.

On ferme ! La petite mission SSR Guinée Bissau a clot son activité, fin 2010, pour cause de la politique suivie par le pays. Incident de parcours. C’est dans les Balkans, en voie de normalisation et d’adhésion à l’Union européenne, que les changements majeurs sont en cours. EUFOR et EUPM Bosnie-Herzégovine devraient sinon fermer la mission, du moins largement réduire la voilure (c’est aussi le cas de la Kfor au Kosovo). Il restera alors la mission d’observation en Géorgie (EUMM) qui connait toujours l’incapacité de pénétrer dans les deux territoires « auto indépendants » d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Ainsi que la mission EUBAM Moldavie/Ukraine qui pourrait être étendue ou complétée par une mission en Transnistrie, « le jour où » les autorités russes et transnistriennes le voudront (je ne me hasarderai pas à un pronostic).

Au Moyen-Orient, un grand point d’interrogation reste sur la mission EUBAM Rafah et EUPOL Palestine dont la reconfiguration est posée avec l’apparition d’une nouvelle tâche ou mission de formation des douaniers palestiniens (voir ci-après). Quant à la mission EUPOL Afghanistan, elle devra trouver le personnel qui lui manque et prouver sa réelle capacité durant cette année de transition qui voit la responsabilité de la sécurité transférée en partie aux forces afghanes.En Afrique noire, il ne reste donc que deux missions, limitées, au Congo RDC : de police (EUPOL) et de sécurité (EUSEC). Elles continuent leur travail, ingrat en quelque sorte et discret.

Restent trois « grandes » missions de l’UE. EULEX Kosovo (qui va se retrouver très vite sur la scène politique intérieure si les allégations contre le Premier ministre Thaci, d’être au coeur d’un trafic mafieux, se confirment). EUNAVFOR Atalanta dans l’Océan indien devra trouver un nouveau souffle dans sa lutte anti-pirates et éviter le lent grignotage politique de l’opération Ocean Shield de l’OTAN (dont la « plus-value » n’est pas prouvée). Quant à EUTM Somalia, qui poursuit la formation de l’armée somalienne, elle pourrait être renouvelée si l’initiative se révèle positive. La Corne de l’Afrique est un nouveau terrain d’expérimentation pour l’UE.

De nouveaux missions pourraient voir le jour et sont dans les cartons : la mission de formation des douaniers à Gaza (EUBAM 2), une mission de renforcement des capacités maritimes dans la corne d’Afrique (EUMAR HOA) et une éventuelle mission d’assistance judiciaire pour la Somalie (EUJUST Somalie).

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Capacités : l’urgence économique prime les divisions politiques

Coté capacités, les armées européennes sont en phase de restriction budgétaire accrue. Et 2011 est une année-clé pour la défense européenne. La lettre de Weimar des ministres français, allemand et polonais des Affaires étrangères et de la Défense et la réponse de la Haute représentante, ainsi que le travail de rénovation, ou plutôt de résurrection, de l’Agence européenne de défense pourraient constituer un « nouveau départ » pour plusieurs projets de coopération entre Européens. A supposer que la volonté de travailler en commun aille au-delà de quelques paroles enthousiastes pour passer à des réalités plus concrètes. Mais la nécessité économique prime aujourd’hui. Et il faut faire les petites querelles ou divisions politiques et idéologiques. Nous n’avons plus le temps à discuter sur la nécessité ou non de faire l’Europe de la Défense. Elle paraît évidente. Ou alors contentons-nous de regarder pousser les poireaux et de laver notre automobile le dimanche !

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Mon voeu pour 2011 : Réagir plus vite aux crises

Ces premières semaines de 2011 sont là pour nous rappeler, encore plus que début 2010, que les crises ne sont pas là nécessairement où on les attend. Et l’Union européenne versus 2011 n’arrive toujours pas à réagir aussi vite et fort qu’on pourrait le souhaiter. Soyons optimistes. Gageons que ces « petits » ratés du moteur européen connaitront un meilleur réglage dans les mois à venir, au fur et à mesure de la montée en puissance du service diplomatique européen et… de l’expérience.

Il  faudra veiller à légitimer davantage les structures de gestion de crise de l’UE, plutôt que de les laisser dans un coin, et leur donner juste un tout peu plus de moyens et surtout d’autonomie et de soutien politique. Ce sera mon voeu pour 2011.