Viktor Orban : droit dans ses bottes

(BRUXELLES2 à Budapest) Ce devait être une fête. Ancien pays du bloc communiste, le premier à avoir ouvert le rideau de barbelés, en 1989, la Hongrie prenait la présidence de l’Union européenne pour six mois. Las ! La nouvelle loi sur les médias, entrée en vigueur le 1er janvier, a tout gâché… Neelie Kroes, la commissaire européenne en charge des médias, a envoyé une première demande d’information. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, n’a pas caché son dépit, hier, en s’exprimant, pour la première fois, devant la presse internationale. « C’est un mauvais début, je le reconnais. On ne pouvait pas commencer pire » a-t-il reconnu.

Pour autant, il ne renie rien. « Nous n’avons inscrit dans ce texte aucune disposition qui n’existe déjà dans d’autres pays européens » a-t-il expliqué. Et toute critique extérieure lui paraît injuste, notamment venant de Paris. « En Hongrie, nous n’avons pas la possibilité comme en France, de nommer le président de la télévision publique. Je ne me souviens pas avoir jamais critiqué la loi française sur les médias » a-t-il ironisé, appelant ensuite le gouvernement français à « revenir à la réalité ».

Le premier ministre Hongrois se dit cependant prêt à respecter l’avis de la Commission européenne. Mais à une condition. Si la loi hongroise n’est pas conforme – explique-t-il – « alors la loi dans les autres pays européens – en France, en Allemagne, par exemple -, devra aussi être modifiée ».

A la Commission européenne, on se veut ferme mais prudent. Très prudent. « La liberté de la presse est un principe sacré, garanti par l’article 11 de la Charte sur les droits fondamentaux. Et nous serons intransigeants sur son application » a déclaré José-Manuel Barroso. Mais le président de la Commission européenne qui est attendu, aujourd’hui à Budapest pour une visite protocolaire, veut calmer le jeu. Selon son porte-parole, les 190 pages de la loi hongroise sont en cours d’examen. Il s’agit de faire le tri entre les dispositions qui sont la stricte transposition d’une directive de 2007 sur les services audiovisuels et les autres. Puis de vérifier leur conformité à la législation, au Traité européen et à la Charte. Un examen qui devrait ne prendre quelques semaines. L’objectif est de ne pas gêner la présidence. A première vue, explique-t-on à la Commission, il semble qu’on ait un peu « exagéré le contenu de cette loi ». De fait, comme le confie un diplomate européen, « Nous ne voulons pas pourrir la présidence hongroise avec ce sujet ».

Nicolas GROS-VERHEYDE – version allongée d’un papier paru dans Ouest-France

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