Le service diplomatique : des trous dans le gruyère ?

crédit photo : Emmenthaler.ch *

Si les ambassadeurs européens (les « chefs de délégation de l’union européenne » pour être exact) sont à la fête (1), les services trinquent (au sens figuré) et grognent ! Le duo Vimont/O’Sullivan à la tête du service diplomatique risque de ne pas dormir beaucoup ces prochaines semaines s’il veut tout résoudre. Les organigrammes des DG relex de la Commission et de leurs alter ego du coté du Conseil commencent, en effet, sérieusement à se dépeupler. La raison est assez simple et logique. C’est le « facteur humain », comme diraient mes amis pilotes (2), ou le complexe du « gruyère » (*) comme disent les autres.

Des unités sans chefs

La création du service diplomatique est tout d’abord (et avant tout) une restructuration de deux organisations existantes : celle de la Commission et celle du Conseil. Certaines unités ou directions vont être fusionnées… D’autres vont disparaître dans un plus grand ensemble. Alors comme dans toute restructuration, quand les hommes/femmes ne sont pas sûr(e)s des lendemains, ils/elles partent, profitant du premier poste intéressant qui se profile à l’horizon pour le saisir.

Pour les diplomates du Conseil de l’union européenne, s’ajoute à cette logique de restructuration, un choix de carrière. Partir à la Commission européenne ou au service européen d’action extérieure (SEAE), où la chaîne hiérarchique est plus longue et plus lourde peut constituer un ralentisseur de carrière.

Et, pour tous, le jeu ressemble alors à la roulette, rouge ou noir, impair ou manque… Risquer le tout ou le tout (pour progresser dans la carrière diplomatique) ou sécuriser sa situation. Résultat : plusieurs unités/directions tournent ainsi sans chef, ou sans adjoint, voire sans les deux. Et ceux-ci ne sont pas remplacés car on attend « toutes les décisions ». Or chacun le sait, ce sont les échelons intermédiaires d’une structure qui sont le coeur de la machine. D’autant que la motivation n’est pas au top !

Manque d’huile dans la machine

D’après les informations qui reviennent régulièrement de l’intérieur, « l’engorgement constant » diront certains, « l’inconsistance » diront les autres, du cabinet de Cathy Ashton, commence à peser lourd dans la machine qui « manque d’huile ». Il y a un « flottement généralisé » m’ont affirmé plusieurs sources. Particulièrement dans le domaine de la gestion de crises. Ce flottement se manifeste de plusieurs façons, selon les moments et les unités. Soit on ne demande rien aux troupes. Celles-ci produisent alors des papiers, des notes de synthèse, des planifications de missions (si on est dans le domaine civil ou militaire de la PeSDC). Mais un peu dans le vague, dans le brouillard, sans avoir de directives claires vers où aller, et encore moins de « retour concret »…

Quand il y a une demande, des notes de synthèse partent. Mais là encore, « il y a rarement un retour ». « On se demande même si nos papiers sont lus. Ou s’ils servent à quelque chose » m’a affirmé quelqu’un du sérail. Propos confirmé par un autre. Propos mesquins sans doute direz-vous… Ce n’est pas toujours le cas. L’exemple, type,  : les services préparent une modification d’une mission X. Pas de réponse. Le temps passe. Mais, de fait, le papier ne vaut plus rien, la situation a changé sur le terrain. Bon à mettre à la poubelle. Autre exemple : un document est retourné au service avec la signature pour accord de la Haute représentante. Mais ce n’est pas le bon. De guerre lasse, les intéressés abandonnent, il y a tellement fallu de temps pour obtenir le retour « signé » « qu’on se débrouille »… Pas étonnant qu’on ait l’impression d’un sur place, d’une certaine absence, au bout d’un an de fonctionnement du Haut représentant, arguent les critiques : regardez comment cela se passe à l’intérieur… et vous comprendrez !

NB : toujours pas de nomination des 6 (plutôt des 7) Managing Directors (directeurs de département). Les pressions en coulisses des Etats membres semblent être fortes. Et aucun choix n’a encore été officialisé.

(*) Oui ! Je sais ce n’est pas dans le gruyère mais dans l’emmenthal qu’il y a des trous (d’où la photo). Mais « gruyère » est plus joli. Et c’est sous cette appellation qu’est connu le complexe du gruyère qu’on peut résumer ainsi : plus il y a de fromage = plus il y a de trous, plus il y a de trous = moins il y a de fromage. Conclusion : plus il y a de fromage, moins il y en a. 🙂 Toute ressemblance avec un service ayant existé, ou pouvant exister est totalement fortuite (bien entendu).

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).