Pieter de Crem écrit à cette « Chère Cathy », une vraie feuille de route

La séance de travail à Gand (crédit : présidence belge de l'UE)

Le ministre de la Défense belge, Pieter de Crem, avait promis d’envoyer plusieurs lettres à cette « chère Cathy » (Ashton), la Haute représentante de l’UE, lors de la réunion informelle des ministres de la Défense, fin septembre, dont Bruxelles2 a déjà abondamment parlé (1). Il en a finalement envoyé une seule missive plutôt longue (6 pages) et détaillée. Sous couvert de compte-rendu des conversations de Gand, c’est en fait, et surtout, une vraie feuille de route pour les mois à venir. Et sous les mots choisis, on sent comme un léger reproche voire une petite amertume de ne pas voir certains sujets davantage pris à bras le corps par la Haute représentante. Jugez-en !

Ce que demandent les ministres de la Défense à Cathy Ashton

Le « cadre de Gand » peut être résumé ainsi, précise le Ministre belge :

  • un souhait d’une évaluation (par l’Agence européenne de défense) et d’une approche plus systématique sur l’usage des nouveaux et anciens instruments de l’UE pour le développement des capacités ;
  • un besoin et un désir d’un cadre plus politique pour la PeSDC dans lequel les différentes formes de coopération de capacité s’ajusteraient de façon significative ;
  • la crise budgétaire doit être prise comme une opportunité ;
  • les questions concernant le marché et l’industrie sont essentielles (et très difficiles) et doivent retenir plus d’attention ;
  • l’approche civile qui devrait compléter efficacement nos opérations militaires, comme devrions trouver des voies pour prendre en compte l’utilisation de moyens militaires pour les opérations civiles de réponse de crises ;
  • un soutien général en faveur de l’Agence européenne de défense qui agirait de façon plus stratégique.

La lettre mentionne également trois « idées » soumises par quelques ministres : l’idée suédoise d’organiser un échange d’information sur ce qui marche – sous forme d’un « scoreboard » de l’Agence de défense – ; l’idée britannique de faire une analyse sur « qui coupe et où » – pour éviter de couper dans les mêmes capacités – ; l’idée allemande de conduire une analyse sur les champs de coopération – ceux qui peuvent être maintenus au niveau national, ceux qui offrent un potentiel d’une coopération étroite, ceux où les Etats acceptent une certaine interdépendance.

Le pooling et sharing, nouvelle « mamelle » de l’Europe de la Défense

Le « pooling et sharing » paraît ainsi une priorité pour les Ministres de la Défense. « Il y a consensus de tous pour dire que personne n’a besoin de posséder toutes les capacités » précise Pieter de Crem. La lettre évoque la possibilité de « commencer avec les domaines moins sensibles comme la logistique, les infrastructures d’entraînement, les écoles, etc ». Certaines de ces capacités peuvent être aussi exercées au niveau « multinational tout en préservant de recourir au niveau national aux capacités mises en pool (comme pour l’EATC)« , le centre européen de transport aérien (2).

Pas de volonté politique d’avancer sur la coopération structurée permanente

Sur l’utilisation des nouveaux dispositifs du Traité de Lisbonne, la prudence semble de mise. Ils « doivent être mis en place étape par étape, de façon ad hoc, sur la base des besoins et en identifiant la valeur ajoutée attendue, en recourant au besoin au benchmarking »… On ne peut pas être plus clair. Quant à la coopération structurée permanente, elle est au point mort. « Il n’y a pas de volonté politique commune de poursuivre maintenant avec la CSP (même si) il y a des dossiers où une meilleure coordination « top-down » est nécessaire ».

Trouver des arrangements pratiques avec l’OTAN mais pas plus

Concernant les relations avec l’OTAN, le ministre propose de charger le président du comité militaire de l’UE de voir avec son homologue de l’OTAN les modalités d’améliorer l’efficacité. « Personne n’est opposé au fait que l’OTAN reste la pierre angulaire de la défense européenne collective » précise la lettre. « Mais cela ne doit pas empêcher l’UE de créer les capacités militaires et civiles nécessaires pour soutenir la crédibilité d’ambitions déclarées comme un acteur global dans tous les domaines« . C’est la question de l’Afghanistan et du Kosovo, essentiellement qui nécessitent des terrains d’accord. Il faut préciser qu’aucun des participants ne semble avoir repris les idées proposées par le secrétaire général de l’OTAN, F.A. Rasmussen (3).

Traduire les pirates en justice et crainte sur le Sahel

Coté opérations, même si ce n’était pas le sujet débattu, la lettre insiste sur deux points. En premier lieu, l’opération anti-piraterie européenne Atalanta, et surtout la nécessité de trouver une solution pour traduire les pirates en justice et les détenir après jugement. En second lieu, la situation de sécurité au Sahel qui requiert une attention plus soutenue, dans une perspective non seulement de la politique étrangère, mais aussi de l’Europe de la Défense.

(1) Sur la rencontre de Gand, lire notamment :

(2) Le commandement aérien EATC inauguré à Eindhoven

(3) Rasmussen squatte la réunion de l’UE et règle le problème turco-chypriote!

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).