OTAN. Objectif : dégraisser le mammouth…

(A Evere, siège de l’OTAN) Les ministres de la Défense sont tombés d’accord pour réduire sensiblement la taille de l’OTAN. Comme le dit de façon directe, A.F Rasmussen, son secrétaire général, « il faut couper la graisse et garder le muscle ». Ainsi l’OTAN qui compte environ «13.000 à son quartier-général dans les 11 postes de commandement, en comptera 9.000 hommes » à terme, a expliqué le secrétaire général lors de sa conférence de presse. Quant aux « 14 Agences, il n’y en aura plus que 3 ». Propos approuvé par le ministre français de la Défense, Hervé Morin, « il est largement temps de convertir les structures de l’Alliance à l’évolution du contexte, et une bureaucratie qui mérite largement d’être contractée. La réduction de la structure, c‘est un combat que je mène avec nos amis britanniques depuis 2007 – ajoute le ministre –. C’est une obsession permanente. ».

Explications…

La vérité est un peu plus complexe. Le chiffre de 9.000 que cite le secrétaire général n’est pas faux. Pour être très exact, ce chiffre serait de 8.950 très exactement. Soit pas très loin de l’objectif fixé par le couple franco-britannique qui entendait arriver à un chiffre de 8.500 personnes (dont près de 2.000 consacrés aux 6 Awacs, selon une source française). Mais ce chiffre ne dit pas tout…

6000 personnes sans contrôle

L’OTAN compte, en réalité, aujourd’hui près de 20.000 personnes. Car un certain nombre d’agences, plus ou moins indépendantes, ont été créées, et comptabilisent au compteur plus de 6.000 personnes. Soit la moitié de l’effectif cité par le secrétaire général. Ce qui est loin d’être négligeable !

Des agences qui ont des effectifs très variables : 1150 à la  NAMSA, 850 à la NC3A jusqu’aux 35 du NAMA (qui gère les C17) ou les 21 du BICES… (*) Et même si le secrétaire général propose un regroupement dans 3 agences : Acquisitions, Soutien, Communications, il reste encore des agences hors périmètre. Là réside le problème, explique à Bruxelles2 un expert du dossier, comme dans celui du contrôle et de la gouvernance.

Ces agences « votent leur propre budget, souvent sans trop de contrôle et leur fonctionnement est assez opaque« . Ainsi ces agences ont bien prévu de réduire de 20% leur budget de fonctionnement. Mais rien n’a été prévu comme « objectif cible pour l’effectif. Même pas de ne pas remplacer les départs en retraite« . La structure « résiste » commente-t-il. Et la crainte est forte chez les Etats fortement contributeurs de voir ces agences réincorporer les postes supprimés de l’autre coté. C’est là un enjeu principal de futures discussions. Le sommet de Lisbonne, en novembre, n’est donc qu’un début. Ces discussions devraient continuer jusqu’à juin.

Le dégraissage dans les commandements

Les 11 postes de commandements devraient passer à 7.

Aujourd’hui. Pour être précis, on compte aujourd’hui le commandement allié « Opérations » (SHAPE) à Mons (Belgique), le commandement allié « Transformation » (ACT) à Norfolk (USA), 3 commandements  de force interarmées (JFC OU JHQ) – à Brunssum (Pays-Bas), Naples (Italie), Lisbonne (Portugal) – et 6 commandements de composante de forces interarmées (JFCC) : composante Air à Ramstein (Allemagne) et Izmir (Turquie), composante Mer à Northwood (Royaume-Uni) et Naples (Italie), composante Terre à Heidelberg (Allemagne) et Madrid (Espagne).

Demain, il restera 7 éléments : le SHAPE et l’ACT, 2  commandements  de force et 3 commandements de composante (Terre, Air Mer). Qui va disparaître ?… « Les cases sont actuellement vides, et le resteront jusqu’à Lisbonne » explique un expert. Mais point besoin d’être devin pour savoir que l’Allemagne et l’Italie, bien dotées, sont dans le collimateur. Hervé Morin a refusé de le confirmer. Mais il a donné deux principes : « Il est important de garder une structure aux Etats-Unis car c’est le lien transatlantique et la garantie de l’implication des Américains en Europe » (autrement dit Norfolk) « ainsi qu’un commandement en Turquie car cela a une signification politique et géostratégique majeure » (autrement dit Izmir). Opinion partagée par Robert Gates, le secrétaire US à la Défense

L’enjeu du contrôle du budget

Quant au budget global de fonctionnement de l’OTAN, il atteint la modique somme de 2 milliards de Dollars US. Un budget en augmentation rapide depuis 2002. On comprend ainsi la préoccupation des plus gros Etats contributeurs, comme la France (1) et le Royaume-Uni, rejoints par les Etats-Unis. A eux trois, les trois pays fournissent, en effet, plus de la moitié du budget de l’OTAN (et avec l’Allemagne, on atteint plus des 2/3 !).  Une préoccupation que vient renforcer la crise budgétaire. Doublée d’une petite amertume coté français de voir certains pays obtenir un retour sur investissement dont les entreprises de l’hexagone ne bénéficient pas. Les marchés que passent la NAMSA assure un diplomate, « vont souvent pour une bonne partie des 2 millions d’euros de marché à des firmes américaines ou canadiennes qui utilisent des entreprises sous nom belge, en couverture ».

L’enjeu de la réforme des structures recouvre donc aussi ce que pudiquement, on dénomme la « gouvernance financière », à savoir obtenir une certaine rigueur et un controle budgétaire, particulièrement sur les agences. « Avec nos efforts, nous avons réussi à ne pas dépenser l’enveloppe de réserve de 165 millions d’euros supplémentaires, décidée au sommet d’Istanbul » assure-t-on coté français.

Il est vrai que l’OTAN a un problème de transparence budgétaire. Ainsi pour obtenir le budget exact de l’organisation, on a l’impression de demander les clés des tetes nucléaires. Le site internet de l’organisation, pourtant bien fourni, ne contient pas d’élément à jour. Quant à OTAN de A à Z, le B ne contient pas la case budget…

(1) La France contribue à hauteur d’environ 130 millions d’euros au budget (13,75 % du budget civil et 12,87 % du budget militaire.

(*) Quelques agences de l’OTAN

  • La NAMSA (NATO Maintenance & Supply Agency) assure le soutien des opérations de l’Alliance, elle gère notamment les marchés de fourniture et services sur les théâtres. Un budget non négligeable de 2 milliards d’euros par an. Basé à Capellen (Luxembourg).
  • La NAPMA (NAEW&C Programme Management Agency) qui gère le programme de surveillance Awacs.
  • La NC3A (NATO Consultation Command and Control Agency) gère le CIS (Communication and information systems).
  • La NCSA (NATO CIS Service Agency)  s’occupe du déploiement et du soutien des systèmes CIS. Basé au Shape à Mons (Belgique).
  • la NACMA (NATO Air Command and Control System Management Agency) est l’agence de gestion du Système de Commandement et de Contrôle Aériens. Basé à Bruxelles.
  • la CEPMA (Central Europe Pipeline Management Agency, Agence de gestion de pipeline en Europe centrale) est le « service des essences » de l’Otan. Basé à Versailles (France).
  • la RTA (Research and Technology Agency) est l’Agence de recherche et technologie.
  • la NSA (NATO Standardisation Agency) est l’agence de normalisation.
  • le NURC (NATO Undersea Research Center) mène des activités de recherche en matière de lutte sous-marine. Basé à La Spezia (Italie).
  • le NATO Defense College est l’institut de formation de l’Alliance. Basé à Rome (Italie).
  • Le BICES (Battlefield Information Collection and Exploitation System)…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Commentaires fermés.