D. Cohn-Bendit: « 27 armées c’est idiot », une armée « commune » c’est mieux !

Dany au Parlement le 15 octobre (crédit : Parlement européen / CohnBendit)

(Entretien) Avec d’autres, Dany Cohn-Bendit s’est engagé dans le groupe Spinelli pour faire franchir un pas de plus à la construction européenne. Un manifeste a été signé qui cite l’Europe de la Défense comme des points futurs d’avancée. Je l’ai donc interrogé sur ce point, désireux d’en savoir plus…

Pour le co-leader des Verts au Parlement européen, c’est certain, maintenant il faut aller plus loin, vers l’armée européenne.  Pour lui, cette armée est un projet de moyen-long terme permettant d’avoir sous bannière européenne 250.000 hommes.

Renforcer l’Europe de la Défense, c’est aujourd’hui avoir une armée européenne ?

Franchement… oui. Je suis absolument pour une armée européenne. Aujourd’hui, en Europe, nous avons 27 armées, près de deux millions d’hommes, des chars, des avions en nombre. Je ne vois pas la nécessité d’avoir autant pour… faire si peu. C’est une aberration économique. C’est idiot politiquement.

Les Européens sont en Afghanistan ensemble, on pourrait presque dire qu’elle est là, l’armée européenne ?

Non, justement. Les différents pays engagés n’arrivent même pas à définir une position commune. Du coup, les Américains font ce qu’ils veulent. Et l’Europe pèse peu. Face aux conflits qui sont devant nous, les armées nationales sont dépassées.

Avec la crise économique, ce n’est pas une priorité ?

Mais si. Plus que jamais. Aujourd’hui sous le coup de la crise, tout le monde prend des mesures de réduction budgétaire et recule en désordre. Il n’y a pas conception collective. Si on continue comme çà, on ne va pas avancer. Avec une armée européenne, on voit bien quelles économies on pourrait faire. Par exemple, la Grèce n’aurait plus besoin d’avoir des sous-marins et des avions pour se défendre face à la Turquie…

Une armée européenne, combien d’hommes ?

Elle reste à définir. Je pense qu’avec 250.000 soldats, bien formés, bien équipés, on pourrait assurer toutes les missions communes.

Ce ne sera pas simple ?

Non. Cela ne se fera pas en un jour. Il faudra dix ans, vingt ans peut-être. Cela ne sera pas simple non plus. Mais il faut avancer. Si on veut arriver à une défense commune. Il faut réduire les armées nationales, créer d’abord un embryon commun, pour arriver une armée unique… En clair, il faut réorganiser toute notre défense.

Qui décidera cet engagement ?

S’il y a une armée européenne, cela suppose aussi une capacité de décision européenne. Avec le Traité de Lisbonne, c’est d’une certaine façon possible. Mais il y a des intérêts qui restent nationaux. Chaque État devra pouvoir garder la possibilité d’engager des troupes nationales ou ses troupes.

Cette position est suivie par les Verts ?

mmm… Les Verts rêvent d’un monde sans armée. Bon. Mais on peut avancer.