Les 27 tentent de mettre un peu d’ordre leur politique extérieure

(BRUXELLES2) Ce devrait être un document « en annexe » des conclusions du sommet européen qui se tient à Bruxelles ce 16 septembre. Un document intitulé « arrangements internes pour améliorer la politique extérieure de l’Union européenne », qui paraît un peu aride en l’état. Mais tente, concrètement, de trouver quelques réponses à une des faiblesses structurelles de l’Union européenne : son manque d’unité à l’extérieur. En d’autres termes : comment avoir une approche « plus intégrée, plus cohérente » (plus efficace) de l’UE à l’extérieur ? Non par bonté générale mais pour protéger « ses intérêts stratégiques« . Le mot est prononcé, et l’orientation donnée.

Remédier aux imperfections de « Lisbonne »

Malgré les espoirs, en effet, l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne n’a pas tout réglé. Tout simplement, sans doute, car on n’a pas voulu tout régler. Et que texte est issu d’un compromis entre des positions divergentes. Une nouvelle structure (le service diplomatique) a bien été mise en place (et est en passe de l’être) et de nouvelles bases juridiques ont été préparées. Mais cela ne suffit pas pour unir les politiques. Peu d’Etats membres sont disposés à faire un saut de souveraineté, en minorant certains de leurs intérêts stratégiques, au profit de l’intérêt européen. Résultat, au lieu de la voix unique, recherchée pour l’Union européenne, on en a … 3 aujourd’hui, au minimum, à Bruxelles : Barroso pour la Commission, Ashton pour le Haut représentant, Van Rompuy pour le Conseil européen, sans compter celles des différentes chancelleries dans les 27 Etats membres… Pour rendre l’UE plus efficace à l’extérieur, il manque encore la volonté politique. Et pour la faire surgir, il n’y a pas d’autre procédé qu’affiner les procédures, mettre de l’huile dans les rouages des nombreux mécanismes existants.

Pour prendre une image, plus concrète, on est peu comme face à un conducteur novice à qui on a offert une nouvelle voiture, garée en pente, avec le frein à main. Tout est en rodage… Pour démarrer, il faut desserrer le frein à main, et accélérer en douceur… Sinon on cale ou on se retrouve dans le fossé… Et pour sortir du parking, ce n’est pas plus facile.

Des solutions pragmatiques pour en finir avec la « bruxellite »

N’attendez donc pas de révolution des solutions envisagées dans ces deux pages de document. Mais ne passez cependant pas celles-ci dans la corbeille. Car, malgré le ton très diplomatique, elles viennent répondre à des problèmes réels qu’on peut exprimer en termes un peu plus brutaux (je m’y risque :-).

La diplomatie doit être globale. Les 27 encouragent ainsi la pratique de « débats d’orientation » dans les conseils thématiques, pas seulement au niveau des Affaires étrangères, mais aussi pour questions clés comme le changement climatique, la politique énergétique,  le commerce, la justice et les affaires intérieures. Autrement dit une approche plus globale.

Faire cesser (ou atténuer) la rivalité entre l’UE et ses Etats membres. La recherche de « synergies » dans les politiques de relations extérieures avec les pays tiers développées par l’UE et celles développées au titre bilatéral par les Etats membres. Et quand on dit synergie, c’est un faible mot pour dire qu’il faut éviter la concurrence. Exemples assez patents : ceux de la Russie ou de la Chine, où on voit des Etats membres développer des positions parfois antinomyques de la position européenne, ou de leur proche voisin, pour défendre leurs propres intérêts (commerciaux). Pour résoudre cela, les 27 préconisent des échanges d’information et des consultations, plus régulières et en amont, des sommets avec les principaux partenaires de l’UE.

Chaque ambassadeur doit avoir une position unique à défendre. Les 27 appellent ainsi à une coordination « plus étroite et régulière » entre les différents acteurs institutionnels de l’UE. Ce qui devrait permettre aux ambassadeurs de l’UE, new look, de pouvoir défendre des « positions cohérentes » sur l’ensemble des intérêts stratégiques et objectifs de l’Union.

En finir avec la bruxellite (la guéguerre des présidents). Des arrangements pratiques ont ainsi été trouvés pour la représentation au G8 et au G20 entre le président du Conseil européen et le président de la Commission européenne (Van Rompuy était au G8 tandis que Barroso était au G20) avec définition, préalable, d’une position unifiée entre les 27 (1). Il faut poursuivre « dans cette voie » disent les 27.

Arrêter de survoler les sujets. L’UE a besoin d' »une planification à moyen-terme » rappellent les 27. Il est ainsi demandé à la Haute représentante – en coordination avec la Commission européenne et les ministres des Affaires étrangères des 27 – d’évaluer les perspectives de relations avec tous les partenaires stratégiques et, en particulier, de mettre en avant « nos intérêts et les leviers possibles pour les réaliser ». Chaque sommet européen devrait aussi se concentrer sur deux ou trois sujets clés – une position soutenue par la France (2). Et une « réflexion » doit s’engager sur la « fréquence, le format et le suivi » de ces sommets qui devraient être « mieux ciblés ».

Le service diplomatique n’est pas réservé à quelques happy fews. Enfin les 27 rappellent le fondement du nouveau service diplomatique : assurer la cohérence de l’action extérieure de l’UE dans son ensemble en fournissant « soutien » et analyses à toutes les institutions concernées (Conseil européen, Conseil, Commission, Haut représentant) et non pas simplement à l’un ou l’autre…

Lire:
(1) télécharger : position unifiée de l’UE pour le sommet du G20
(2) « il faut trouver d’autres méthodes de travail » disait Bernard Kouchner au Gymnich, le dernier week-end. L’Economique ou le Politique comme vecteur de la politique extérieure ?

(Nicolas Gros-Verheyde)