France et Royaume-Uni à la recherche de coopérations communes

(Bruxelles 2) La visite du ministre britannique de la Défense a pu laisser l’impression que le Royaume-Uni avait une particulière attraction pour la France. C’est vrai en partie. Mais pas totalement. Paris n’est qu’une étape dans la tournée qu’effectue actuellement Liam Fox dans plusieurs pays européens : Berlin le 28 juin, Rome le 21 juillet, et bien entendu les Etats-Unis et le Canada. A chaque étape européenne, Liam Fox a tenu à aborder deux ou trois sujets de discussion : l’Afghanistan, l’OTAN et les investissements de défense.

Concernant l’Afghanistan, l’objectif britannique est de tester auprès des alliés la pertinence de leur engagement dans l’opération ISAF de l’OTAN, voire leur renforcement éventuel pour permettre de désengager les Britanniques (exemple avec l’Italie) ou supprimer des caveats (exemple avec l’Allemagne). Dans tous les cas, Liam Fox a insisté sur la nécessité de renforcer et d’accélérer la formation de l’armée et de la sécurité afghane. Comme l’explique lui-même Liam Fox : « Le développement des forces de sécurité national afghanes est fondamental pour préparer la transition en Afghanistan, conduisant à un éventuel retrait des forces de l’ISAF« . Les partenaires de l’OTAN mettent, en effet, la dernière main à un plan permettant le commencement de la phase de retrait.

En matière de coopération, il a été beaucoup question d’investissement et de relations commerciales avec l’Italie, qui est un client traditionnel de la Grande-Bretagne en matière d’équipements de défense. C’est dans ce contexte qu’interviennent les différents projets de coopération, envisagés avec la France. Si Liam Fox a exclu que le Royaume-Uni et la France partagent des portes-avions (1), mais nous « pourrions partager d’autres ressources, y compris les avions A400M » a-t-il précisé (2). Parmi les terrains possibles de coopération : « les tankers, le maintien en condition opérationnelle de l’A400M et les moyens navals, nous pouvons aller vers plus de mutualisation » comme l’a précisé Hervé Morin, le ministre français de la Défense.

Mais tout cela reste encore hypothétique et dépendant de l’ampleur de la révision stratégique en cours outre-Manche (SDSR ou Strategic Defence and Security Review) qui devrait être réalisée d’ici la fin septembre. Une révision drastique qui pourrait conduire à l’abandon de certains programmes ou de certaines commandes, la prolongation de certains équipements et la diminution de certains effectifs (3).

Les ministres ont de toute façon convenu de se revoir à la mi-octobre (ce sera peut-être le dernier acte de Hervé Morin au gouvernement, à moins que Sarkozy ne décide d’accélérer le tempo du remaniement). En attendant un groupe conjoint s’est mis au travail pour recenser tout ce qui pouvait être fait. « Toutes les pistes sont explorées » estime-t-on dans l’entourage d’Hervé Morin. Ce pourrait aller ainsi de l’ouverture de l’école de chasse (déjà commune avec les Belges et les Luxembourgeois, les Espagnols sont intéressés) à des projets plus industriels, comme les drones (les Français ont entamé une coopération avec les Israéliens et Américains), en passant par la coopération navale et la maintenance aérienne (notamment les avions ravitailleurs ou les A400M).

(1) Chaque mot a son importance et mieux vaut l’original qu’une traduction. Voici ce qu’a déclaré Liam Fox : « In terms of actually being able to share an aircraft carrier, I would have thought that that was utterly unrealistic. »
(2) La méthode la plus facile et la plus souple d’effectuer ce partage serait, à mon (humble) avis, que le Royaume-Uni rejoigne l’EATC. Mais bizarrement, cette option n’est pas évoquée à Londres.
(3) Lire également : L’armée britannique se prépare à une sacrée raclée… budgétaire

(Nicolas Gros-Verheyde)